
Lula a été réélu pour la quatrième fois dimanche 25 octobre, avec 51,79 % des voix contre 48,21 % pour Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite ‒ actuellement sous bracelet électronique pour avoir fomenté un coup d’État en 2023. Au premier tour du 4 octobre, Bolsonaro avait récolté 47 % des voix, devant Lula à 45 %. Ce même jour, les élections pour la Chambre des députés, le Sénat, les gouverneurs des régions avaient donné un raz de marée pour les partis de droite.
Car au bout de son troisième mandat (non consécutif), le candidat Lula, ex métallo de la région de São Paulo autrefois très populaire, peine à convaincre. Son parti, le Parti des travailleurs (PT), a gouverné main dans la main avec des partis de la droite et du centre pro patronal (dits le « Centrão »). Il a mené une politique favorable aux groupes capitalistes. Les mesurettes sociales prises pour atténuer la misère des plus pauvres, notamment sur le logement, n’ont été que du saupoudrage. Les graves problèmes du Brésil – profondes inégalités, corruption, travail informel, favelas ou déforestation de l’Amazonie – n’ont pas trouvé de solution, alors que le pays est classé neuvième puissance économique mondiale. Actuellement, l’inflation à plus de 4 % et l’endettement de 82 % des ménages à des taux usuraires rend la situation explosive. Enfin, le PT est mêlé aux scandales de corruption comme la quasi totalité des partis bourgeois.
Une déconvenue pour Trump
Le candidat d’extrême droite, nostalgique de la dictature militaire des années 1970, a surfé sur les désillusions et le mécontentement. Il est soutenu par une partie du patronat – agrobusiness, industrie minière, plateformes numériques… – par des Églises évangélistes puissantes, par des influenceurs et par le président américain. Trump a notamment obtenu l’aide de Meta (ex Facebook). Hormis le Brésil et l’Uruguay, toute l’Amérique du Sud est gouvernée par des dirigeants inféodés aux États-Unis.
Entre les deux tours, les coups fourrés se sont multipliés, tels que l’arrêt de lignes de bus par des élus locaux bolsonaristes pour empêcher des électeurs des quartiers populaires d’aller voter. Finalement, la fermeture des bureaux de vote a été retardée de deux heures.
Un quatrième mandat sous le signe de l’austérité
Les mobilisations de la jeunesse, angoissée notamment par la probable victoire de l’extrême droite, ont certainement favorisé l’élection de Lula. Le PT et une bonne partie de la gauche ne se sont pas faits faute d’orienter le mouvement vers les urnes. Mais Lula a dû à la dernière minute prendre des mesures pour arracher des votes dans les milieux populaires : une augmentation de 15 % de la Bolsa familia (petit revenu de survie pour les plus pauvres, 30 millions de personnes étant touchées par l’insécurité alimentaire), la suspension de taxes sur l’essence, la suppression de l’impôt sur le revenu pour les travailleurs gagnant moins de 840 euros par mois ainsi que l’annulation de 12 milliards de réals (2,02 milliards d’euros) de dette des 3,6 millions de micro-entrepreneurs. Il a fait voter en urgence une loi attendue sur le passage de la semaine de 6 à 5 jours, mais moyennant des concessions si importantes au patronat – baisses d’impôts et exonérations sur les salaires, généralisation possible des horaires modulables aux besoins patronaux – que c’est une véritable bombe à retardement contre les travailleurs.
Avec un déficit du budget de l’État brésilien à 8 % du PIB et un Congrès (Assemblée et Sénat) majoritairement à droite, où le bolsonariste Parti libéral s’est renforcé, nul doute que le patronat brésilien et le monde des affaires vont se servir de Lula comme marchepied, et tenter de faire payer la note aux travailleurs. Ceux-ci ne pourront compter que sur leurs propres luttes.
Anne Hansen
