Mardi 3 novembre auront lieu les élections dites des midterms, car situées entre deux élections présidentielles. Elles renouvelleront les 435 députés (les « représentants ») et 35 des 100 sénateurs. Elles soumettront aussi localement jusqu’à plusieurs dizaines de « propositions » à un vote référendaire, pour ou contre.

Un sport d’ultra-riche…

Ces midterms ont déjà battu le record du fric dépensé pour influencer le résultat des urnes : 11,6 milliards de dollars, rien qu’en publicité. Musk a déboursé à lui seul 366 millions pour promouvoir des candidats de l’extrême droite républicaine. Et c’est sans compter les flots d’argent qui échappent à la comptabilité officielle. Ces fonds viennent surtout des plus riches. Les 50 plus gros donateurs cumulent à eux seuls 2,3 milliards de dollars de dons.

… et un investissement

Difficile de ne pas y voir un immense gâchis social, quand tant d’Américains peinent à joindre les deux bouts. Du point de vue des donateurs, c’est l’inverse : un investissement très rentable. Ainsi, en Californie, ils ont déboursé 200 millions pour faire échouer la « proposition 40 », qui consiste à taxer une seule fois les patrimoines supérieurs à un milliard de dollars à hauteur de 5 %, et pourrait leur coûter 100 milliards. Leur lobbying est allé jusqu’à susciter deux autres propositions, les 41 et 42, dont l’effet serait d’annuler celui de la proposition 40. La proposition 42 a le soutien… du gouverneur démocrate Gavin Newsom.

Républicains et Démocrates : un duel de marteaux et d’enclumes

Sur le fond, la défense d’une bourgeoisie et d’un impérialisme américains dont la puissance s’érode, ce qui sépare les deux grands partis relève de la nuance. Les Démocrates soutiennent l’explosion des dépenses militaires. Ils ont au mieux déploré les coupes budgétaires dans les aides au logement, les bons alimentaires pour les plus pauvres, ou la couverture médicale Medicaid que 7,5 millions de personnes perdront en janvier. Ils n’ont opposé à l’ICE – la milice anti-migrants dopée par Trump… mais aussi par son prédécesseur Biden avant lui ! – que des paroles. Quand la population est passée à l’action à Minneapolis, les très démocrates maire et gouverneur du Minnesota ont agi pour la décourager et protéger l’ICE.

Les Démocrates n’ont en fait pour carburant électoral que l’opposition à Trump. Si bien que la « vague bleue » annoncée pourrait s’avérer toute relative. Trump est plus menacé par l’effritement de sa popularité dans son électorat. De la guerre en Iran à la publication caviardée des dossiers Epstein en passant par la hausse générale des prix induite par ceux du pétrole, il a piétiné nombre de ses promesses. Un tiers de la population approuve son action, soit 15 points de moins qu’en janvier 2025.

Les travailleurs ont les clés de la situation

Trump ne s’avoue pas battu pour autant. Il a multiplié les restrictions du droit de vote en ciblant les catégories de la population les plus opposées à lui. Il déploie l’ICE, armes à la main, partout où on vote démocrate afin d’intimider. Ses nombreux préparatifs pour contester le résultat des élections s’inscrivent dans sa recherche d’un pouvoir autoritaire, que soutiennent les milliardaires de la tech. Il serait étonnant qu’il n’en fasse rien en cas de victoire démocrate.

L’aile radicale des Démocrates, portée par les socialistes de DSA, a certes gagné plus de primaires, et pourrait se renforcer parmi les députés. Mais à la mairie de New-York, son chef de file Zohran Mamdani sacrifie l’essentiel de son programme pour réaliser le peu qui reste – soins gratuits pour 2 000 enfants de moins de 2 ans… Pas de quoi soulever les foules, ce que Mamdani comme les autres Démocrates se gardent bien de chercher à faire !

Or, la lutte de Minneapolis contre l’ICE l’a montré : la grève et l’organisation des travailleurs font reculer Trump. Ce qui devient possible à quelques dizaines de milliers constitue une vraie issue si un mouvement faisait boule de neige. « Winter is coming » ? Peut-être. Mais il n’est pas écrit que ce soit toujours les mêmes qui en fassent les frais.

Mathieu Parant