
Samedi 24, il n’y avait pas de manifestation déclarée à Lyon. Tout rassemblement était interdit dans un large périmètre et un parcours déposé par Solidaires avait été refusé. La préfecture voulait sans doute faire un exemple après le samedi précédent, où ses troupes submergées n’ont pu empêcher ni l’incendie de l’office du tourisme, ni le bris de glace de quelques boutiques de luxe du centre-ville. Toute la semaine, elle avait fait monter la pression : couvre-feu, interdiction de la manifestation étudiante du jeudi 22, milices privées appelées en renfort pour protéger les commerces le 24…
Malgré cela, quelques milliers de personnes se sont donné rendez-vous à 13 h 30 à Jean Macé, à l’appel des AG de l’université Lyon 1, de l’interfacs et de l’interlycées. Alors que les cortèges se mettaient en place et commençaient à partir dans une ambiance joyeuse et déterminée, la police a inondé la place de gaz… depuis l’arrière de la manifestation ! Mauvaise joueuse, la préfecture avait décidé de disperser tout rassemblement, où qu’il soit.
Les manifestants n’en ont pas été refroidis, bien au contraire. Mais la police, teigneuse, suivait le défilé à la trace et le gazait à peu près tous les 100 mètres. Puis, croyant l’éparpiller pour de bon, elle s’est mise à gazer par l’avant. Encore raté : au lieu d’une manifestation, elle en a eu deux… Tout l’après-midi, elle s’est débattue avec des cortèges qui gonflaient, au point qu’elle doive, en fin d’après-midi, s’avouer vaincue : 10 000 manifestants ont bravé ses interdictions et ont réussi à tenir la rue malgré les gaz, les charges et les provocations. Les services d’ordre en tout genre, de l’interfacs ou des organisations politiques, ont été mis à rude épreuve, mais ont globalement tenu bon. Que d’acquis pour la suite de la mobilisation !
La police n’a pas eu recours à des supplétifs d’extrême droite, elle a fait le sale boulot elle-même. Mais la complicité entre flics et fascistes est comme partout à l’œuvre. Lundi 19 au soir, n’écoutant que leur courage, quelques dizaines de gorilles encagoulés ont déboulé sur une place Bellecour semi-déserte, couvre-feu oblige, pour prêter renfort à un rassemblement de petits commerçants « apolitiques ». Ils n’avaient, cependant, pas à s’inquiéter : la répression par la préfecture, c’était pour la manifestation contre la vie chère.
Correspondant
