
Édouard Balladur, ancien Premier ministre de cohabitation de Mitterrand, est mort à l’âge de 97 ans. Il était « l’ami de trente ans » qui avait tenté de damer le pion de Chirac en se présentant contre lui en 1995 – c’est lui que symbolisait le couteau planté dans le dos de la marionnette de Chirac aux Guignols de la télé.
Présenté comme un « grand serviteur de l’État », il a d’abord servi les intérêts de la bourgeoisie, privatisant pour pas cher les entreprises nationalisées, et renflouées, par la gauche selon un scénario alors bien réglé : la gauche nationalise des entreprises endettées, la droite privatise des entreprises renflouées. Alors seulement parce que, désormais, la gauche s’est convertie aux privatisations…
Mais Balladur restera surtout dans nos mémoires comme l’artisan du projet de Contrat d’insertion professionnelle (CIP), connu sous le nom de Smic-Jeunes puisqu’il aurait permis de payer les jeunes de moins de 26 ans à 80 % du Smic. Ce projet a mis dans la rue des centaines de milliers de lycéens – sournoisement soutenus par Mitterrand – et avait dû être piteusement retiré. À Nancy, lors de sa campagne présidentielle de 1995, Chirac avait charitablement dit de ce projet : « Le CIP, c’était le Smic-Jeune. Non, c’était une connerie. » Ce qui ne l’empêcha pas, en 2006, de faire à peu près la même chose avec le CPE… qui subit le même sort que son ancêtre balladurien.
Des centaines de milliers de lycéens dans les rues… Finalement, Balladur n’inspire pas que de mauvais souvenirs !
J.-J. F.