Mercredi 26 août au matin, une crue meurtrière s’est répandue au Bagmati, à la frontière du Népal avec le Tibet (Chine). À l’heure actuelle, le bilan se porte à près de 1 000 morts, au moins 1 500 blessés et près de 5 000 disparus. Sur les vidéos de la catastrophe, c’est une vague haute de plusieurs dizaines de mètres qu’on voit déferler à 70 km/h, engloutissant bâtiments, routes, véhicules, hommes et animaux. Plus de 400 ouvriers travaillaient sur le chantier d’une centrale hydroélectrique, et des centaines d’autres, sont sans doute coincés dans des tunnels.

Avec les routes et infrastructures détruites, les rescapés sont désormais complètement dépendants de l’aide humanitaire transportée par hélicoptère. Autant dire pas grand-chose. Les populations sont dans l’attente de nouvelles de leurs proches, mais les opérations de recherche sont compliquées entre autres par la crainte d’une « réplique » de la première crue.

Dans ce pays déjà très pauvre, tenu à l’écart des circuits économiques mondiaux, il n’y a plus ni eau, ni électricité pour des milliers de gens qui ont tout perdu : maison, voiture, vêtements, etc. Avec 41 ponts et 42 kilomètres de routes emportées, les autorités parlent d’un coût de reconstruction de plus de 4 milliards d’euros, à comparer aux 30,9 milliards d’euros de produit intérieur brut du pays.

D’après les premières analyses des scientifiques, la cause serait un « effondrement de glacier » qui a provoqué un séisme de magnitude 5,2. Un glacier de 610 mètres de large de l’Himalaya s’est détaché en provoquant une avalanche de glaces et de roches sur plus de 1 200 mètres avant de former un barrage temporaire dans la vallée1. La montée brutale du niveau de la rivière puis la rupture du barrage2 est ce qui a provoqué la crue d’eau, de glaces, de boues et de débris.

Avec la crise climatique, le réchauffement accéléré des glaciers vient multiplier ce genre de catastrophes. Pire, l’augmentation de la température du pergélisol, ce sol glacé sur lequel reposent les glaciers, est ce qui aurait permis au glacier de « glisser » sur le sol, se transformant ainsi en avalanche.

Pour « naturelle » que soit cette catastrophe, les conséquences pour la population auraient pu être évitées. Il est possible de mettre en place des « systèmes d’alertes précoces ». En Suisse, le village de Blatten a été rasé en 2025 par un « effondrement de glacier » mais sans faire de victime grâce à une évacuation préventive. Dans la vallée du Bagmati au Népal, si on avait des capteurs pour les crues « habituelles », il n’y en avait pas pour ce genre de catastrophes. Traduire : cette région du pays est trop pauvre et sans enjeu pour l’État, donc pas la peine de mettre trop d’argent pour elle.

Les grandes puissances apportent leurs condoléances, mais sans grande aide matérielle. La palme à l’administration Trump avec son chèque de 500 000 dollars. Le Népal, de son côté, refuse l’aide des gouvernements voisins prétextant que cela s’était mal passé lors d’une précédente catastrophe en 2015. Pendant ce temps, la population reste livrée à elle-même… Catastrophe naturelle sans doute, mais les femmes et les hommes sont doublement victimes d’un système capitaliste qui non seulement engendre un réchauffement climatique meurtrier mais s’avère totalement incapable d’en gérer les conséquences. Tout particulièrement dans les pays les plus pauvres.

Marianne Syzko

 

 

1  Une « embâcle », en hydrologie

2  La « débâcle »