C’était ça ou mourir, de Thélyson Orélien
Grasset, 2026, 272 p., 21,50 €

Lorsque l’histoire commence, Jonas est professeur d’histoire à Haïti. Face à la progression des gangs et au chaos du quotidien, il décide de quitter le pays ; « c’était ça ou mourir ». Commence alors un périple qui l’amène à passer une première frontière, entre Haïti et la République dominicaine. Premières expériences de la violence des frontières et de leurs cortèges d’arbitraire, de violences et d’humiliations. Début d’un long périple qui l’amène, du Brésil au Canada, à traverser plusieurs des territoires tragiques des migrations contemporaines en Amérique ; la jungle du Darién, le désert de part et d’autre de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, gardé par une armée de gardes, suppléée par les agents de l’ICE.

L’auteur, né à Haïti, puise en partie dans son histoire, mais a surtout réuni des dizaines de témoignages de migrants depuis Montréal, où il est aujourd’hui installé. « C’est d’eux que cette fiction tient sa chair » dit-il dans les remerciements, et c’est ce qui fait la puissance du livre : donner chair à la somme des tragédies humaines que sont aujourd’hui les parcours de migrations. Ses mots sonnent juste, et sa lecture bouleverse jusqu’aux journalistes littéraires du Figaro. Si nous aussi, on s’émerveillera sur la langue et l’écriture de l’auteur, on rappellera les politiques anti-migratoires qui depuis des décennies hérissent d’obstacles et de tragédies les passages de frontières. On rappellera aussi que si des régions entières sombrent dans le chaos, c’est qu’elles sont prises à la gorge par les impérialismes du Nord. Alors si le talent et la plume de l’auteur parviennent à restituer si remarquablement l’humanité de ces femmes et de ces hommes en quête de dignité, et d’un endroit où vivre sur cette planète, qu’elle alimente aussi notre révolte : ni patrie, ni frontières, solidarité internationale !

Samuel Terraz