Ci-dessous un article de Libération.

 

 

Une quinzaine de lignes opérant au sud de Paris et dans le Val-de-Marne sont perturbées, ce jeudi 10 et vendredi 11 septembre, en raison de cette ouverture à la concurrence qui se traduirait par plusieurs dysfonctionnements opérationnels.

L’ouverture à la concurrence des transports franciliens se poursuit, non sans heurts. Une quinzaine de lignes de bus opérant essentiellement au sud de Paris et dans le Val-de-Marne, dont certaines assez stratégiques, sont perturbées voire très perturbées, ce jeudi 10 septembre, en raison d’un mouvement de grève que la CGT affirme très suivi et qui durera encore vendredi 11 septembre. Les deux principaux dépôts de bus concernés, situés à Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), emploient plusieurs centaines de conducteurs et agents de maintenance qui, par un coup de baguette administrative, ont été transférés le 1er août de la RATP, leur employeur historique jadis en situation de monopole, vers Keolis, une filiale de la SNCF.

Ce n’était pas une surprise pour eux : ils connaissaient leur sort depuis que Keolis a emporté, en juillet 2025, quatre lots de lignes de bus attribués par Ile-de-France Mobilités (IDFM). Comme lors de toutes les procédures d’ouverture à la concurrence, les agents ont emporté avec eux un «sac à dos social», qui permet notamment la continuité du contrat de travail, de la rémunération et de certains acquis sociaux pour les agents transférés.

Seulement, à en croire des grévistes croisés ce jeudi matin, à l’entrée du dépôt de bus de Vitry-sur-Seine, où se pressaient aussi plusieurs élus communistes de la ville et du département, l’organisation du travail est «défaillante» – mot du représentant de la CGT du dépôt d’Ivry-sur-Seine, Kamal Ghalmi – depuis le 1er août. Avec ses vingt-trois ans d’ancienneté et d’un air placide, Cédric, conducteur de la ligne 62 depuis treize ans, se souvient qu’«à la RATP, il y avait quand même une certaine structure des choses qu’ils respectaient». A ses côtés, son collègue Mamadou abonde, évoquant le «côté familial» de leur ancien employeur, globalement ouvert à ce que le service s’organise en fonction des «convenances personnelles» – contraintes familiales, de santé…

Or, la prise en main par Keolis s’accompagne, selon eux, d’une somme de contrariétés ayant trait à la maintenance du matériel qui se serait dégradée, à la régularité des bus qui aurait baissé ainsi qu’à l’organisation des plannings. Ils évoquent des changements qu’ils découvrent dans une application la veille pour le lendemain, le fait d’être «balancés sur d’autres lignes de bus» sans avoir le temps de s’y préparer… Ils évoquent aussi des logiciels déployés sans formation et une première paye versée à certains avec plusieurs jours de retard.

Une assemblée générale qui s’est tenue tôt, ce jeudi 10 septembre, a permis de lister de premières revendications qui doivent être portées, lundi 14 septembre, lors d’une rencontre avec la direction, selon Selma Labib, conductrice de bus au dépôt d’Ivry-sur-Seine mais aussi candidate à l’élection présidentielle pour le NPA-Révolutionnaire (issu d’une scission avec le NPA historique). Parmi elles, la fin des trois jours de carence imposés en cas d’arrêt maladie et le retour des «services à plat», qui assurent aux conducteurs une stabilité en prévoyant qu’ils sont toujours du matin, de l’après-midi ou du soir.

Joint par Libération en amont de la grève, Keolis affirme, de son côté, que le préavis déposé «ne remplit pas les conditions juridiques qui devraient permettre son dépôt», au motif que les élections professionnelles dans l’entreprise créée pour regrouper les dépôts de bus concernés n’ont pas encore eu lieu et n’ont donc pas permis de désigner d’organisations syndicales représentatives. Aussi, la direction a placardé des affiches expliquant que «les préavis de grève sont […] irrecevables» et que les salariés qui les suivraient se mettraient «en situation irrégulière», selon un document publié par le Parisien. «Refusant le dialogue social mis en place par Keolis, les organisations syndicales ont saisi la justice pour contester cette décision», ajoute l’employeur qui se refuse à tout autre commentaire.

La CGT a effectivement déposé un recours devant le tribunal pour faire valider son préavis – le jugement étant attendu, lundi 14 septembre, la grève sera en réalité terminée. A l’appui de ses arguments, un précédent : en avril, la justice a donné raison à la CFDT contre une autre entreprise chargée d’exploiter des lignes de bus dans les Hauts-de-Seine, la régie italienne ATM, au nom de la préservation du droit de grève.

Le mouvement est, en tout cas, scruté par IDFM, qui explique «suivre le sujet avec la plus grande vigilance» et se dit à la fois «très attentive aux conditions de travail des agents et à la qualité du service aux voyageurs», renvoyant les négociations à Keolis. Et le donneur d’ordre de préciser : «Keolis et les représentants syndicaux doivent trouver des solutions le plus rapidement possible afin que les usagers ne soient pas pénalisés dans la durée.»

En interne, un connaisseur du dossier affirme qu’IDFM ne veut pas voir cette grève s’enliser comme celle qui a eu lieu à Cergy (Val-d’Oise), en 2025. Cette dernière, qui avait duré quatre mois, a éclaté en raison de conditions sociales proposées dans le cadre du transfert d’agents de plusieurs entreprises vers une filiale du groupe Lacroix-Savac, qui avait remporté l’appel d’offres.

Le calendrier de l’ouverture à la concurrence en Ile-de-France doit, lui, se poursuivre dans les quinze prochaines années. Le transfert des bus désormais achevé (huit des douze lots conservés par la RATP, les quatre autres pour Keolis, Transdev et ATM), ce sera au tour des premières lignes de tramways, notamment la T1 en Seine-Saint-Denis, le T2 dans les Hauts-de-Seine et les deux T3 sur les Maréchaux parisiens, d’ici 2030. Les appels d’offres concernant les autres modes de transports (Transiliens, RER…) vont se poursuivre jusqu’à 2040.