
Pendant que les travailleurs voient leur niveau de vie reculer, politiciens et éditorialistes invoquent la flambée de la dette pour leur demander de nouveaux sacrifices. Le taux d’intérêt de la dette française dépasse à nouveau les 4 %, un niveau jamais atteint depuis la crise de 2008. Le montant total de la dette représente un peu plus de 3 500 milliards soit 117,5 % du produit intérieur brut (PIB), alimentée chaque année par un déficit qui avoisine les 5 % du même PIB.
Le prétexte est alors tout trouvé : si l’on n’aggrave pas les mesures d’austérité, on court à la catastrophe. Du RN au PS, on rivalise d’idées bien peu originales : coupes budgétaires dans les services publics, report de l’âge de départ à la retraite, baisse des aides sociales. Les anciens Premiers ministres macronistes Édouard Philippe et Gabriel Attal sont en première ligne pour dénoncer l’irresponsabilité supposée de l’État. En taisant leur propre responsabilité dans l’accumulation de 1 000 milliards d’euros de dette supplémentaire durant les mandats de Macron. C’est que, quand il s’agit de mener une politique anti-ouvrière, on invoque la dette pour couper dans tout ce qui sert les classes populaires. Quand il s’agit de cadeaux aux grandes entreprises – ou de l’augmentation du budget de l’armée, ce qui revient un peu au même –, les contraintes budgétaires s’évanouissent. Quant aux intérêts de la dette (60 milliards par an, un des premiers postes de dépense de l’État), ils permettent aux banques de s’enrichir sur le dos des contribuables.
Seule voix discordante parmi les politiciens bourgeois, Jean-Luc Mélenchon parle d’annuler une partie de la dette française : « Il suffit d’aller la prendre et la foutre au feu. » LFI s’appuie sur les dires du banquier Matthieu Pigasse, qui a participé à la restructuration de la dette de pays pauvres endettés, faux cadeau au nom duquel ils étaient sommés de serrer la ceinture de leur population… Mélenchon promet ainsi qu’une gestion budgétaire favorable aux travailleurs est possible, bien entendu s’il est élu, en laissant en place les patrons qu’il fait mine de vouloir convaincre.
Contrairement à Mélenchon, ce n’est pas seulement 20 % de la dette publique que nous revendiquons de « foutre au feu », mais son intégralité. Mais il est illusoire de penser que les capitalistes resteraient l’arme au pied face à une telle mesure ! Cela ne pourra se faire que dans le cadre d’une rupture avec le système financier, une révolution sociale qui exproprie les banques et les groupes financiers, les fusionne en une seule entité au service et sous le contrôle des travailleurs.
Alexis Tsipras, élu en 2015 en Grèce après avoir fait des promesses analogues à celles de Mélenchon, a capitulé au bout de quelques mois face aux créanciers et a fini par mettre en place la politique d’austérité voulue par les banques.
Parler de l’annulation d’une petite partie de la dette comme le fait Mélenchon, c’est semer une double illusion : non seulement cela occulte le fait que cela en laisserait en place l’essentiel mais, surtout, c’est ne rien dire du fait que l’annulation de la dette est un acte de guerre contre les capitalistes. Les prophètes de malheur qui prétendent qu’il n’y a pas d’alternative au paiement de ce tribut antisocial qu’est la dette sont des ennemis. Mais ceux qui sèment l’illusion qu’un arrangement partiel serait possible avec les puissances de la finance ne méritent pas la confiance des travailleurs. Il n’y aura ni capitalisme à visage humain, ni dette publique allégée par des artifices comptables.
Certes, la France, en tant que pays impérialiste riche, est loin de se retrouver en défaut de paiement. C’est pourquoi l’agence de notation Fitch a maintenu une bonne note de la dette française : on peut continuer sans risque à lui prêter. Mais en parlant d’un « contexte politique et social rendant difficile l’assainissement budgétaire » : manière de dire que les capitalistes réclament un budget toujours plus hostile aux travailleurs et comptent redoubler leurs attaques quel que soit le futur gouvernement.
Robin Klimt