Plusieurs élections régionales approchent en Allemagne, en ce mois de septembre, dont celles de Berlin, où le parti de « gauche radicale » Die Linke est en tête dans les sondages, dans un contexte où l’extrême droite poursuit sa percée électorale dans la plupart des scrutins. Une situation qui provoque des espoirs dans une partie de la gauche et de l’extrême gauche, mais qui ne promet guère plus qu’une énième coalition de gauche de gestion avec son lot de désillusions… qui participent de la montée de l’extrême droite.

À Berlin, Die Linke parti pour gagner… et gouverner ?
Dans les derniers sondages, Die Linke se retrouve en tête, avec plus de 20 %, devant les conservateurs, l’extrême droite de l’AfD et les Verts. Il est fort possible que la seule coalition capable de former une majorité soit une coalition Linke, sociaux-démocrates et Verts… potentiellement dirigée par Die Linke. Une potentialité qui se fait déjà ressentir par une droitisation « responsable » de leur candidate à la mairie, Elif Eralp, qui s’est désolidarisée de la section du quartier populaire de Neukölln pour son discours trop pro-palestinien, et a rassuré le patronat sur la question de l’expropriation des grands groupes immobiliers – question centrale du logement à Berlin depuis le référendum de 2021, qui avait obtenu 59 % des voix pour une expropriation… avant d’être royalement ignoré par la mairie sociale-démocrate.

En Mecklembourg et Saxe-Anhalt, l’extrême droite lorgne vers la majorité absolue
Deux autres élections, dans la partie est de l’Allemagne, pèsent sur le contexte politique : le 6 septembre en Saxe-Anhalt, où l’AfD est à 42 % dans les sondages et pourrait obtenir la majorité absolue, et le 20 septembre dans le Mecklembourg, là aussi avec l’AfD en tête avec 36 %. Deux issues semblent possibles : ou bien le sacro-saint barrage républicain vacillera pour la première fois à l’échelle régionale, avec une alliance des conservateurs avec l’extrême droite, ou bien ce sera un gouvernement conservateur sans majorité, toléré par « l’opposition loyale » de Die Linke, qui a déjà annoncé qu’elle se montrera responsable, comme cela est actuellement le cas en Thuringe.
Pour un monde sans frontières, ni guerres, ni exploitation !
Face à cela, nos camarades du RSO (Organisation socialiste révolutionnaire) ont choisi de présenter une candidature révolutionnaire indépendante, menée par une jeune aide-soignante. Sous le slogan « Pour un monde sans frontières, ni guerres, ni exploitation », la campagne s’adresse directement aux travailleurs et travailleuses de la circonscription où se situent, entre autres, une usine Mercedes, un site de Gillette, un hôpital majeur et un gros centre des éboueurs de Berlin. Avec, mises en avant, les préoccupations quotidiennes des classes populaires, des salaires insuffisants aux loyers insupportables, en passant par la lutte contre les discriminations, contre le génocide en Palestine. Et surtout la mise en avant de la nécessité de s’organiser collectivement pour riposter.

Et cela dès maintenant : des jours de grève, notamment dans les hôpitaux, ainsi que des manifestations contre les réformes et programmes d’austérité du gouvernement fédéral sont déjà prévus pour septembre. Avec des calculs électoraux d’une partie de la bureaucratie syndicale liée à Die Linke, qui espère pouvoir s’appuyer sur ces mobilisations dans la ligne droite de la campagne. Mais rien ne dit que la colère des classes populaires reste enfermée dans ces calculs de boutiquiers électoralistes !
Dima Rüger, 31 août 2026
Die Linke : Y’a mieux pour l’extrême gauche allemande que la tentation du « néo-reformisme »
Suite aux dernières élections législatives en début 2025, Die Linke doublait en taille, dépassant les 100 000 adhérents officiels, avec un afflux de jeunes de milieu essentiellement étudiant, mais aussi d’anciens électeurs des Verts ou du SPD à la recherche d’une forme de « réformisme conséquent ». Depuis la fondation de Die Linke en 2009, divers courants d’extrême gauche, notamment trotskiste, ont choisi d’être actifs dans le parti. Mais son renouveau, même si la dynamique s’est tassée, a aspiré plusieurs nouveaux adeptes, courants jusque-là indépendants, qui ont choisi d’entrer d’une manière ou d’une autre dans Die Linke : le GAM (groupe allemand de la Ligue pour une Cinquième Internationale, aujourd’hui de la Ligue internationale socialiste), RIO (organisation sœur de Révolution permanente), comme aussi les Spartakistes (organisation liée à la Ligue trotskiste de France). À Berlin, tous participent à la campagne de Die Linke, et ainsi à nourrir les illusions dans ce parti qui a pourtant fait la preuve à maintes reprises de son aptitude à la gestion des affaires de la bourgeoisie. Plusieurs se retrouvent dans un réseau dit de « gauche dans Die Linke », se réclamant pour certains de ce « pôle des révolutionnaires ».
Drôle d’esquif… à la remorque de réformistes avérés, au pays de Marx, Engels et Rosa Luxembourg ! Avec nos camarades du RSO, nous gardons fermement le cap d’un « pôle des révolutionnaires » sur la base du programme et des perspectives révolutionnaires et en défense des intérêts de la classe ouvrière, un cap que les égarés rejoindront peut-être après le naufrage de leurs illusions.