Le 29 août, la frappe russe d’un dépôt de munitions a fait 38 morts et 20 blessés à 20 kilomètres de Kiev. Les régions de Zaporijia, Karkhiv, Kherson ont été également touchées. Des drones ukrainiens visent par centaines la nuit le territoire russe. Depuis 2023, jamais la guerre n’a fait autant de dégâts matériels et de victimes, dont civiles. Les médias soulignent aussi l’asphyxie du trafic maritime en mer Noire, où de moins en moins de navires se hasardent à circuler, au risque d’être ciblés et coulés, voie essentielle pourtant pour l’exportation de 90 % des céréales ukrainiennes (la Russie et l’Ukraine fournissant le quart des besoins mondiaux). C’est dans ce contexte que le directeur de la CIA américaine vient de faire une visite à Moscou, en marge d’un déplacement en Lettonie. Et qu’a-t-il dit à ses comparses des services secrets et responsables politiques russes ? Secret, précisément ! « C’était en quelque sorte de la demi-routine […] Nous aimerions que la guerre en Ukraine s’arrête », a dit Trump.

Le tournant du désengagement de Trump

Il y a un an, le 15 août 2025, c’était la rencontre en Alaska entre Trump et Poutine. L’épisode en a déboussolé plus d’un, parmi ceux qui affirmaient qu’il y aurait une opposition frontale entre l’Otan et la Russie. Mais les rapaces impérialistes de ce monde peuvent bouffer à tous les râteliers : les dollars et les profits d’abord. Alors, après avoir coupé l’Europe occidentale de sources d’énergie russes et autres marchés, au profit des grands groupes américains, sous couvert d’aide à l’Ukraine. Après avoir arraché à Zelensky un contrat d’accès aux richesses minières d’Ukraine, Trump s’est donc désengagé en grande partie du conflit (pour se concentrer sur l’intervention américaine au Moyen-Orient). Aux impérialistes européens de prendre en charge l’aide militaire à l’Ukraine, ou prétendue telle, surtout de pousser leur militarisation au profit de leurs marchands de canons… mais aussi de l’incontournable industrie d’armement américaine. Et les Macron et autres Merz de se faire les va-t-en-guerre forcenés contre la Russie, alliés farouches de Zelensky, question de s’assurer aussi de ne pas être laissés sur le bord de la route à l’heure des marchandages de fin de guerre. Sans pourtant être capables ou vouloir fournir à l’Ukraine ce dont Zelensky dit avoir besoin, ces défenses anti-missiles Patriot ou engins de même « qualité », dont seul Trump dispose.

Mais le tournant vers des négociations Trump-Poutine, même sans concrétisation à ce stade, a quelque peu changé le cours de la guerre. L’armée ukrainienne se flatte désormais des progrès de sa propre industrie d’armement (qui pourrait même exporter son savoir faire !). L’armée ukrainienne cible désormais des infrastructures énergétiques ou voies de communication russes, voire de gros centres commerciaux. Les conséquences se font de plus en plus sentir sur les classes populaires russes, non seulement parce que le nombre croissant de cercueils de soldats morts ne peut plus être masqué (au moins 242 747 soldats morts, entre le 24 février 2022 et le 25 août 2026, selon Mediazona) mais parce que la situation des travailleurs se détériore, dans une économie devenue économie de guerre. Bien des rumeurs circulent sur la fragilisation du régime de Poutine, et même sur la possibilité qu’à l’occasion des législatives de ce mois de septembre en Russie, pourtant bien corsetées, quelques voix expriment l’opposition à la guerre.

Mais toujours le poids de la guerre sur les classes populaires

Celles d’Ukraine continuent à payer le prix le plus fort. Destructions, exils, morts et blessés. 55 000 soldats ukrainiens seraient morts, selon Zelensky au journal de France 2 en février dernier, sachant que c’est le brouillard des statistiques. Les Ukrainiens ont de plus en plus de mal à comprendre pourquoi ils devraient risquer leur vie au front. L’époque où ils s’engageaient volontairement en grand nombre est révolue. Le recrutement de nouvelle « chair à canon » passe par des « enlèvements » en pleine rue, dans des minibus ou autres. Au début juillet, 200 personnes à Lviv sont spontanément et violemment intervenues contre ces rafles pour le front. Le recrutement comme les difficultés économiques liées à la guerre ont conduit Zelensky à des limogeages de militaires et des remaniements ministériels, pour corruption, les notables ou « élites » s’en mettant encore plus plein les poches en temps de guerre. Pas étonnant que cette guerre sans fin, et surtout depuis le retournement de Trump, ait fait exploser les désertions. Être les derniers morts d’une guerre ? Mais les sondages ne disent pas non plus qu’une majorité existerait pour signer avec la Russie une paix favorable à Trump et à Poutine.

Cette guerre en plein cœur de l’Europe, la plus meurtrière de la planète mais pas la seule, en dit long sur la barbarie du système capitaliste, qui se nourrit de pareilles situations. Seule une politique indépendante de classe des travailleurs d’Ukraine et de Russie, qui déjouerait les ambitions prédatrices aussi bien de la Russie de Poutine que des États-Unis de Trump et des impérialistes européens, pourrait offrir une issue aux exploités et opprimés de ces pays.

Michelle Verdier