Pierre et Benoît, inspecteurs du travail et élus du personnel, sont menacés de sanctions pouvant aller jusqu’à la révocation par les services du ministre et ex-patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou. Nous appelons à rejoindre le rassemblement organisé pour les soutenir et exiger l’abandon des poursuites, ce mardi 15 septembre à 10 heures au 78 rue Olivier-de-Serres, à Paris, à l’occasion de leur passage devant une commission administrative paritaire composée de six représentants du personnel et six représentants du ministère, qui rendra un avis sur les sanctions qui les visent.

Les agents de l’inspection du travail sont à l’initiative de ce rassemblement, notamment ceux de l’Isère qui ont entamé une grève reconductible majoritaire lundi 7 septembre pour exiger l’abandon de toute mesure disciplinaire. Si la DDETS (Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités) de l’Isère laisse à penser que la répression se concentre pour l’instant sur les deux représentants syndicaux, c’est en réalité la majorité des agents de l’inspection du travail que la direction cherche à discipliner.

Des représailles suites aux actions collectives en défense du 1er mai

Les attaques contre Pierre et Benoît ont en effet passé un cap suite aux actions collectives engagées en mai dernier. Le Premier ministre, Lecornu, avait alors autorisé les boulangers et fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er mai. Consigne illégale, puisque la proposition de loi en ce sens n’avait pas été adoptée. Pour faire passer cette mesure, Lecornu avait fait pression pour que les services de l’inspection du travail ne sanctionnent pas cette irrégularité, exerçant ainsi une influence extérieure indue, contraire aux textes de l’OIT. En Isère, la hiérarchie avait ainsi intercepté les courriers de rappel de la loi adressés aux patrons. Et Lecornu avait personnellement appelé l’un des boulangers pour l’assurer qu’il ferait sauter l’amende.

C’est à la suite de cet épisode que les procédures, liées à des conflits plus anciens, se sont accélérées : Pierre et Benoît ont d’abord été mis en cause pour harcèlement moral par une cheffe de service, après qu’eux-mêmes avaient alerté depuis des années sur les faits de harcèlement moral commis par cette même cheffe, ainsi que sur la dégradation des conditions de travail. Résultat : ce sont eux, et non leur hiérarchie, qui ont été convoqués en audition pénale libre, au commissariat, le 27 mai. Deux rassemblements avaient alors été organisés, dépassant la centaine de soutiens et aboutissant à ce que le procureur classe l’affaire sans suite.

Cet échec sur le terrain pénal n’a toutefois pas stoppé la répression. Au contraire la direction cherche désormais à sanctionner Pierre et Benoît sur le terrain disciplinaire, d’où la convocation devant une commission administrative paritaire ce mardi 15 septembre.

Un acharnement politique

La direction cherche à faire taire la contestation qui persiste à propos des conséquences des mesures passées sous Hollande et Macron. En 2014 la loi Sapin, dite « ministère fort », crée les responsables d’unités de contrôle (RUC) chargés de la « mise en œuvre de l’action collective, de l’animation, de l’accompagnement et du pilotage de l’activité des agents de contrôle ». Souvent nommés au pied-levé, sans formation complémentaire et avec un grand nombre d’agents à suivre, les RUC ont notamment la responsabilité d’organiser l’intérim des sections vacantes, qui représentent fréquemment plus du quart des sections. Cette situation entraîne des pressions sur les agents, documentées par deux rapports d’expertise publiés en juin 2026. C’est également pour avoir lancé l’alerte sur ces pressions que Pierre et Benoît sont réprimés.

La situation s’aggrave avec la réforme de l’organisation territoriale de l’État en 2019. Les services de l’inspection du travail sont intégrés au sein de Directions départementales de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) dont les directeurs et directeurs-adjoints sont nommés par la préfecture. Cela a notamment pour conséquence le déménagement de nombreux services de l’inspection du travail au sein des préfectures dans des locaux souvent plus petits mais aussi moins propices au fait de recevoir des travailleurs en situation irrégulière.

Les préfectures profitent également de cette nouvelle organisation pour renforcer l’utilisation des services de l’inspection du travail dans le cadre d’opérations de police, en s’appuyant sur les Comités opérationnels départementaux anti-fraude (Codaf). Ainsi le mardi 26 mai, la préfecture de l’Isère et le procureur organisent dans ce cadre une opération de « lutte contre la fraude et surtout contre les trafics, notamment de stupéfiants et de tabac » d’après la préfète. Impliquant 150 policiers, l’opération est réalisée en lien avec la mairie PCF de la ville et vise essentiellement les snacks, tacos et kebabs dans une démarche au racisme à peine voilé. Le procureur déclare : « Ce n’est pas anodin si on a ciblé ce secteur et ce type de commerces. »

Sur fond d’attaques généralisées contre les travailleurs

Ces attaques récurrentes contre l’indépendance des inspecteurs du travail ont été menées en même temps que la réduction des moyens alloués aux représentants du personnel par la loi Travail de 2016 et les ordonnances Macron de 2017. Cet ensemble de mesures constitue ni plus ni moins un permis de tuer pour les patrons. Le dernier rapport de la sécurité sociale comptabilise ainsi 1 297 morts parmi les salariés du privé en 2024… Ceux qui meurent le plus sont les jeunes que le gouvernement envoie de plus en plus tôt se faire exploiter, les précaires à qui les réformes de l’assurance chômage et les attaques contre les travailleurs étrangers imposent d’accepter des conditions de travail de plus en plus dures, les femmes dont le gouvernement prétend se soucier mais qui ont vu leur nombre d’accidents du travail augmenter de 26 % entre 2000 et 2023.

Le plan Santé au travail 2026-2030, présenté par Farandou le 5 juin dernier, poursuit cette orientation : 87 pages, 48 fois le terme « partenaires sociaux », 51 fois celui de « dialogue social », mais coté mesures, le ministre confirme que l’État est dans le camp des patrons. Les « formations », l’« évaluation des risques », la « prévention des risques psycho-sociaux » consacrent le fait que le pouvoir reste entre les mains des patrons pour décider de comment on se fait exploiter, combien de temps, avec quelle intensité, quelles prises de risque, ou sous quelles températures…

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