
En Gironde, cet été fut celui de bien tristes records. Les 40 °C ont été atteints six fois entre juin et juillet, et certaines villes ont même dépassé les maximales historiques avec 42 ou 43 °C. Confrontée à une sécheresse inédite, la forêt de pins (des résineux particulièrement inflammables, cultivés pour l’industrie du bois et du papier) est devenue une immense boîte d’allumettes. Le simple passage d’un tracteur lors d’une opération de débroussaillage dans la commune de Saumos a provoqué un mégafeu qui a dévoré 42 000 hectares et contraint 220 000 personnes à évacuer en quelques jours. Pour se déresponsabiliser de sa totale impréparation face aux canicules et incendies estivaux, l’État fait maintenant la chasse aux responsabilités individuelles.
En effet, lors d’un feu de forêt, les premières heures sont cruciales. Mais, lorsque l’incendie a éclaté le 22 juillet, ce sont surtout le manque de moyens et le sous-effectif qui ont pesé sur les sapeurs-pompiers, écartelés entre les différents feux dans le sud de la France. Alors que quatre Canadair auraient été nécessaires en Gironde, deux seulement étaient disponibles.
Une fois le feu hors de contrôle, la politique du gouvernement s’est résumée à minimiser la situation, expliquant que les moyens étaient suffisants et que personne n’en faisait autant qu’eux contre les incendies. Pourtant, en Gironde, il a fallu que la population comble elle-même les insuffisances de l’État en apportant toute l’aide possible aux pompiers, par des ravitaillements en eau ; en accueillant bénévolement les habitants des communes évacuées, chez eux ou au parc des expositions de Bordeaux, transformé en centre d’accueil géant…
Si les derniers gouvernements n’ont pas été avares de promesses en matière de lutte contre les incendies, elles sont toutes parties en fumée à chaque fin d’été. Aucune trace de la nouvelle base aérienne promise dans les Landes à la suite des incendies de 2022. La flotte de Canadair, vieille de plus de 30 ans, est particulièrement vétuste. Sur les douze que possède la France, seuls sept étaient en état de voler cet été (et même zéro à l’été 2024). Le gouvernement justifie la coupe des budgets pour en commander de nouveaux par l’arrêt de la production en 2015… faute de commandes. Pourtant, pour le Rafale, tout aussi « invendable » jusqu’en 2015, l’État avait lui-même rempli le carnet de commandes. Entre nos vies et leur court-termisme pro-patronal, on connaît leur choix.
Antoine Melk