
Depuis les 30 et 31 juillet derniers le gouvernement de Pedro Sánchez a tenu une même ligne : expulser « légalement » les 5000 à 10 000 travailleurs marocains – jeunes pour la plupart – qui ont fui la misère, franchi la frontière de l’enclave de Ceuta et qui sont restés sur place. Pendant plusieurs semaines, aucun lieu d’hébergement d’urgence n’a été ouvert et l’option de rapatriement vers la péninsule pour les près de 1200 mineurs isolés a été totalement exclue. Le gouvernement « le plus progressiste » n’a jamais assumé l’accueil face à la droite et l’extrême droite. Au lieu de cela, Sánchez n’a pas hésité à déployer l’armée dans Ceuta afin de réprimer, contenir sur la plage et expulser les migrants arrivés du Maroc.
Vendredi 28 août, le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, en déplacement à Ceuta, a déclaré que la « violence n’est pas la solution ». Cela fait suite aux manifestations anti-migrants des habitants puis aux pogroms de néo-nazis qui ont eu lieu dans l’enclave. Ces paroles sonnent creuses et inutiles face au refus – lui, ferme et réaffirmé – d’accueillir « toute la misère du monde ». Cette misère est pourtant le produit de leur monde : le capitalisme, son exploitation et ses guerres. Misère dont les principales puissances occidentales dont l’État espagnol portent une responsabilité historique. Ces manifestations et pogroms rendent la vie des jeunes arrivés à Ceuta encore plus insupportable. Les manifestants, soutenus par Vox (extrême droite) et le Parti populaire (droite), exigent le départ immédiat des migrants de l’enclave. Ils se regroupent autour des lieux de (sur)vie des migrants pour les harceler et certains sont allés jusqu’à brûler un campement de migrants sur une plage de Ceuta sous l’œil passif de l’armée. La droite et l’extrême droite attisent le racisme et la xénophobie et veulent fragiliser un gouvernement déjà en crise par de graves affaires de corruption. Ces derniers jours, en plus des groupes néo-nazis qui sont venus détruire les campements de fortune, une « armada » de yachts de riches chefs d’entreprise et millionnaires sont venus au large de Ceuta montrer de quel côté se rangeait le patronat. Des manifestations de droite et d’extrême droite sont d’ailleurs appelées mercredi 2 septembre devant les mairies contre « l’invasion ». À l’initiative de la gauche révolutionnaire et de nos camarades d’Izar, des rassemblements unitaires sont prévus aussi ce jour-là dans plusieurs villes du pays.
La situation que connaît aujourd’hui Ceuta a été rendue possible par la politique du gouvernement PSOE-Sumar. Après l’arrivée des migrants fin juillet, le gouvernement de Pedro Sánchez a déployé l’armée afin d’expulser la majeure partie des migrants. Par la suite, il a annoncé une nouvelle loi sur l’immigration, afin de durcir encore les conditions d’entrée. Sur place, la plupart des migrants dorment sur des parkings ou des plages en attente de solution et sont harcelés par l’armée et la police. Ces derniers surveillent l’entrée des centres commerciaux et procèdent à des expulsions illégales, y compris de mineurs isolés. En bon samaritain et au bout de trois semaines, le gouvernement a annoncé l’ouverture d’un centre d’accueil de migrants dans l’enclave et a commencé un tri des migrants entre ceux qui ont les bons ou les mauvais papiers, bientôt aidé par l’agence européenne Frontex, dans le respect des droits humains bien sûr !
Cela n’a rien d’étonnant d’un gouvernement qui verse des millions d’euros au Maroc, à la Mauritanie, au Sénégal et à la Gambie pour faire son sale boulot antimigratoire. En mars 2022, la police de Pedro Sánchez s’était déjà rendue responsable de la mort de 37 personnes lors d’un événement similaire à Melilla et avait laissé la police marocaine brutaliser les migrants sur son propre territoire.
En refusant d’assumer qu’il est possible et normal d’accueillir les migrants, la gauche institutionnelle participe de la montée de l’extrême droite. Nos frères et sœurs de classe immigrés ne sont pas le problème. Ils ne causent ni la misère ni les licenciements, ce sont les patrons européens qui en sont responsables. Les tentatives de division par le nationalisme et le racisme se multiplient partout dans le monde et la gauche n’est en aucun cas un rempart. Les frontières tuent : des associations marocaines dénombrent 141 morts et disparus les 30 et 31 juillet derniers. L’ouverture des frontières est une nécessité à imposer par l’unité et la lutte des travailleurs et des travailleuses, quelle que soit leur nationalité.
François Cichaud