
Depuis le 8 juillet, et le lancement furtif de sa campagne au marché de la Flèche dans la Sarthe – d’où elle avait dû battre rapidement en retraite sous un concert de casseroles –, Marine Le Pen avait choisi l’option grandes vacances… et grand silence.
Difficile effectivement, pour elle et son parti, très largement climato-sceptique, de s’exprimer sur l’actualité brûlante de l’été, les épisodes de canicule, les feux et la catastrophe écologique au vu de leur opposition systématique à tous les budgets en faveur des services publics et des (mêmes faibles) protections de l’environnement. Créditée à ce jour par les sondages de 35 % d’intentions de vote au 1er tour et donnée gagnante au second, quel que soit son adversaire, Le Pen n’a même pas eu besoin de forcer sur les thématiques racistes et anti-immigrés : les discours anti-Roms d’Attal et ceux anti-Comoriens de Philippe ont maintenu le feu sous sa vieille marmite bien nauséabonde. Si elle a fait le choix de faire sa rentrée politique devant le « grand oral » du Medef le 27 août… plutôt qu’à la grande braderie de son fief d’Hénin-Beaumont, c’est que le patronat disait vouloir être rassuré de pouvoir continuer à faire de « bonnes affaires » avec le Rassemblement national au pouvoir. C’est chose faite.
Pour le budget 2027, Le Pen annonce pouvoir faire mieux que Macron et Lecornu avec 125 milliards d’euros « d’économies budgétaires », car « le premier qui doit faire un effort, c’est l’État et il doit baisser drastiquement son train de vie »… Le Pen, l’argent public, soit elle le détourne par millions, soit elle projette de le déverser par milliards aux patrons ! C’est en effet le but principal de ses propositions de suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), de la cotisation foncière des entreprises (CFE), de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) – qui participe au financement de l’assurance vieillesse –, un total de 130 impôts et taxes jugés « improductifs ».
Quant à ses annonces sur le retour à la retraite à 60 ans, elle ne concernerait que ceux qui auront commencé à travailler avant 20 ans… D’ailleurs, pourquoi pas aller travailler dès 15 ans, car il y a trop de jeunes au lycée et encore plus à la fac, et ça coûte bien trop cher… La chair à patrons, ça n’a pas besoin de faire des études ! Si Le Pen a décidé de maintenir « sa ligne » de la retraite à 62 ans (avec 42,5 annuités de cotisation quand même), dont Bardella avait pensé se débarrasser dans son espoir « d’union des droites », ce n’est que pour donner le change à une base électorale ouvrière et populaire pour laquelle la retraite à 64 ans de Macron est restée en travers de la gorge. Aucun gouvernement d’extrême droite n’a fait voter la moindre loi en faveur du monde du travail : la retraite, c’est 67 ans dans l’Italie de Meloni, 65 ans dans la Hongrie de Orbán par exemple.
La vraie retraite à 60 ans, c’est à-dire à taux plein, basée sur le salaire des dix meilleures années, avec 37,5 ans de cotisations, il faudra aller la reconquérir nous-mêmes, par des luttes ouvrières massives et déterminées… et sans passer par la case Le Pen !
Marie Darouen