
Le Peuple français : histoire et polémiques, de Gérard Noiriel
Tallandier, 2025, 301 p., 21,90 €
Gérard Noiriel a été parmi les premiers à montrer l’importance de l’immigration dans la formation de la classe ouvrière en France. Il a aussi, au fil de ses très nombreux travaux, contribué à expliquer les diverses façons dont le racisme et le nationalisme sont imposés « d’en haut », par les classes dominantes. Il a enfin largement contribué à montrer comment se mêle l’histoire des luttes sociales avec la construction des États-nations depuis la fin du XIXe siècle.
Dans son dernier ouvrage, Le Peuple français, il propose une série de synthèses historiques, dans le but de contrecarrer les thèses réactionnaires, racistes, déclinistes et xénophobes, propagées par ceux qu’il nomme « populistes », c’est-à-dire qui « prétendent parler au nom du peuple ». Chaque chapitre expose la construction historique d’un problème social, parfois depuis l’Antiquité : le discrédit porté sur les résistances populaires, la remise en cause de l’état de droit, la façon dont les élites politique « communiquent » avec ceux d’en bas, la question de l’insécurité, les questions du genre et des luttes féministes, l’immigration, la question des legs et vestiges du colonialisme, le racisme ou encore la laïcité.
On pourrait évidemment discuter certains partis-pris de l’auteur, notamment son attachement à la notion fourre-tout et trans-classe de « peuple », qu’il justifie en caricaturant, au passage, les historiens marxistes accusés de n’être attentifs qu’à la dimension économique de la lutte des classes. Les chapitres sur le genre, les questions de race ou de « post-colonialisme » ébauchent une critique intéressante de certains courants « radicaux » mais manquent le point central : comment intégrer les critiques des rapports de domination à la lutte générale contre l’exploitation capitaliste ?
Le livre n’en reste pas moins utile, pédagogique et clair. Il intéressera toutes celles et ceux qui doivent faire face au quotidien aux idées fausses qui sont matraquées à longueur de journaux télévisés, sur certains réseaux sociaux et sur les chaînes d’info en continu.
Sacha Crepini