Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Mercredi 13 mai, un homme de 18 ans est mort sur son lieu de travail à Orange (Vaucluse). Il travaillait dans une pépinière et a été retrouvé inconscient : il est probablement mort étouffé, coincé entre le guidon d’un motoculteur et le plafond d’un camion utilitaire qu’il était en train de décharger seul. Une enquête est ouverte pour « homicide involontaire ». Le jeune homme était en alternance dans cette pépinière et lycéen en bac professionnel horticulture. Le mois dernier déjà, deux jeunes sont morts au travail : l’un lycéen de 15 ans, effectuant son stage obligatoire de seconde, écrasé sur un chantier, l’autre de 22 ans tombé dans un hachoir d’une usine Lustucru. Au total, 420 apprentis, stagiaires et salariés de moins de 25 ans sont décédés au travail depuis 2020 en France. Alors que les accidents du travail touchent 2,5 fois plus les personnes de moins de 25 ans que le reste des travailleurs, selon l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), les dispositifs d’aides financières pour les patrons qui embauchent des apprentis sont de vraies mannes. Par exemple, pour un apprenti entre 18 et 20 ans, payé un tout petit peu plus de 800 euros par mois, un patron ne débourse que 400 euros : le prix d’une vie pour le Medef.

Elon Musk, l’homme le plus riche du monde, vient de s’en prendre au réalisateur de cinéma Christopher Nolan auquel il fait grief d’avoir confié le rôle d’Hélène, dont l’enlèvement par Pâris déclencha la guerre de Troie, à l’actrice Lupita Nyong’o dans son film L’Odyssée. Ce qu’il reproche à cette artiste ce n’est pas son manque de talent mais le fait… qu’elle soit noire. Il y voit une profanation de l’Odyssée et une trahison d’Homère. Il attaque, en passant, le « wokisme » d’Hollywood et fait écho au combat de l’administration Trump contre les politiques de discrimination positive à l’égard des minorités raciales ou de genre. Comble de l’indignation, Ulysse sera incarné par l’acteur transgenre Elliot Page. De quoi provoquer chez Musk une crise cardiaque, ce qui serait bien la seule chose positive dans cette histoire.

Trente-quatre pays du Conseil de l’Europe, ainsi que l’Union européenne, l’Australie et le Costa Rica se sont mis d’accord pour créer un « tribunal international spécial » pour juger à la fin de la guerre les crimes commis par la Russie en Ukraine. « Le moment où la Russie devra rendre des comptes pour son agression approche » a déclaré fièrement Alain Berset, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, basé à Strasbourg. Mais le genre de justice que peut rendre un tel tribunal va toujours dans le sens des intérêts des impérialistes occidentaux. Car il n’est pas question de juger Trump pour ses crimes en Iran, en Amérique latine ou ailleurs, ou Netanyahou pour sa politique génocidaire en Palestine ou au Liban. Bref une initiative qui tient surtout de l’esbroufe et qui ne conduira nulle part.

L’animatrice de télévision Flavie Flament a annoncé porter plainte contre le comédien et chanteur Patrick Bruel qui aurait abusé d’elle après l’avoir drogué en 1991, quand elle avait 16 ans. Depuis des années, plusieurs dizaines de témoignages de femmes, en France et aussi en Belgique, se sont accumulés contre lui. Une quinzaine d’entre eux ont été publiés dans Mediapart. Bruel nie tout en bloc. Trois enquêtes différentes ont été ouvertes par la justice. Et des organisations féministes ont lancé des pétitions pour appeler au boycott du chanteur et demander l’annulation des 58 concerts qu’il a prévus de tenir d’ici la fin de l’année en France, en Belgique, en Suisse et au Canada.

Un juge d’instruction parisien va enquêter sur le prince héritier et homme fort d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, pour le meurtre en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi. Ce dernier avait été assassiné puis découpé en morceaux au consulat saoudien d’Istanbul, en Turquie, où il s’était rendu pour régler certains problèmes administratifs. Très critique de la monarchie hachémite, Khashoggi collaborait au quotidien le Washington Post et était membre d’une association intitulée « Démocratie pour le monde arabe maintenant ». Rapidement, les services secrets américains avaient pointé la responsabilité directe du prince héritier dans ce meurtre. Ce dernier s’était mis un temps en retrait de la scène internationale avant de revenir en force grâce au soutien notamment de pays comme les États-Unis et la France qui voient en lui non seulement un excellent client pour leurs armements mais aussi une pièce maîtresse de la politique impérialiste au Moyen-Orient. Une plainte contre lui avait été déposée par plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières. Dans un premier temps, le parquet s’était opposé à une enquête, une décision désavouée finalement par la cour d’appel. Il y a fort à parier que les autorités françaises feront tout leur possible pour que cette enquête n’aboutisse pas, car Paris ménage ses alliés, même sanguinaires…

Des militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion ont réussi, malgré la surveillance policière, à déployer un grand drapeau palestinien de quatre mètres sur trois sur le toit du restaurant « Madame », situé au premier étage de la tour Eiffel. Ils voulaient par ce geste commémorer la Nakba (en arabe la catastrophe) qui vit en mai 1948, lors de la création de l’État d’Israël, 760 000 Arabes de Palestine chassés de chez eux pour laisser la place à des colons juifs. Suite à cette action six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue pour « intrusion non autorisée dans un site classé et mise en danger de la vie d’autrui ». À cette occasion la députée européenne LFI Rima Hassan leur a apporté son soutien et a rappelé, fort à propos, qu’en octobre 2023, après l’attaque du Hamas, la maire de Paris de l’époque, Anne Hidalgo, avait fait illuminer la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau israélien sans être mise en garde vue, ni inquiétée le moins du monde.

Alors que vendredi 15 mai, une prolongation de 45 jours du cessez-le-feu entre Israël et le Liban avait été signée à Washington, dès le lendemain l’armée israélienne annonçait avoir effectué de nouvelles frappes dans le sud du Liban, après avoir ordonné aux habitants de neuf villages de les évacuer. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 17 avril, les bombardements israéliens ont fait plus de 400 morts et l’armée continue la destruction massive d’infrastructures et de villages entiers, après avoir imposé l’exode vers le nord de 800 000 personnes.

Le gouvernement israélien prétend que son but est de « sécuriser sa frontière nord », mais iI poursuit, en réalité, le même objectif qu’à Gaza, faire en sorte que le sud du Liban devienne invivable, pour empêcher tout retour des habitants qui en ont été chassés. Certains ministres n’hésitent d’ailleurs pas à déclarer que « les frontières de l’État ne sont pas définitives » et qu’ils sont partisans d’une annexion du Sud Liban par Israël, en repoussant ses frontières d’une trentaine de kilomètres, jusqu’au fleuve Litani.

François Ruffin, député de Picardie, vient de publier une BD dont il est le héros. Cette publication s’inscrit dans le cadre de la préparation de la Présidentielle. Ruffin, après avoir rompu avec LFI, entend en effet s’y présenter. Dans cette BD, Ruffin fait face à diverses situations qu’il parvient toutes à régler. Par exemple, dans le train, il donne une leçon de civisme républicain à des jeunes qui se tiennent mal. Et, comme par miracle, l’un de ces jeunes, basané et barbu, s’incline humblement devant lui en déclarant qu’il a eu raison d’intervenir. Tout est à l’avenant avec un fond de racisme paternaliste. Visiblement, Ruffin tente ainsi de s’adresser à un électorat tenté par le RN tout en laissant libre cours à son nombrilisme et sa mégalomanie. Si ridicule que soit cette BD, elle a réussi deux choses : faire le buzz et disqualifier Ruffin auprès des antiracistes qui le comparent à Tintin au Congo. Mais n’oublions pas que c’est Mélenchon qui, pour représenter LFI, avait préféré cet arriviste mégalo à des militants ayant fait leurs preuves sur le terrain, avant qu’il ne retourne sa veste.

Dans une enquête publiée en janvier dernier, le New York Times estimait à 1,4 milliard de dollars (1,2 milliard d’euros – les gains encaissés par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025. Aujourd’hui, c’est au tour du Bureau d’éthique gouvernementale, une agence fédérale indépendante, d’apporter de l’eau au même moulin. Dans des documents qu’elle vient de rendre publics, elle révèle une série de transactions financières qui ont permis au leader républicain et à sa famille d’empocher plusieurs centaines de millions de dollars depuis le début de l’année en faisant des affaires avec des géants industriels comme Amazon, Apple, Microsoft, Uber, Nvidia ou Boeing. En résumé Trump sert les capitalistes… en n’oubliant pas de se servir au passage.