Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Une manifestation de soutien aux agentes et agents en grève depuis plus de 45 jours s’est déroulée sur le parvis du Samu social à l’appel de la CGT du Samu social, de la Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale et avec le soutien de représentants syndicaux venus de divers secteurs, de syndicats étudiants ainsi que d’associations comme le Droit au logement (DAL). 250 personnes environ se sont rassemblées à cette occasion mêlant grévistes, syndicalistes, humanitaires et aussi familles sans-abri mobilisées depuis une quinzaine de jours à cet endroit. Lancé à l’origine par les écoutants du 115, le mouvement s’est élargi aux autres services de la structure qui en ont ras-le-bol des difficultés de toutes sortes qu’ils rencontrent pour faire leur travail et de la mauvaise volonté des pouvoirs publics pour les aider à reloger des familles à la rue. Car, dans le même temps, l’État a prévenu les associations parisiennes gérant l’hébergement d’urgence d’une baisse, allant jusqu’à 10 %, de leurs financements. Ce qui va se traduire par des mises à la rue toujours plus nombreuses. Avoir un logement est un droit… mais surtout un combat.

Le taux de chômage a augmenté de 0,2 point au deuxième trimestre, pour atteindre 8,3 %, son plus haut niveau depuis l’automne 2020, en pleine épidémie de Covid. Le nombre global de demandeurs d’emploi (catégories A, B, C) atteint 5,8 millions de personnes, tandis que ceux sans aucune activité sont 3,3 millions, soit une augmentation de 1,3 % sur le trimestre et 3,2 % sur un an. Ce qui n’empêche pas le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, d’affirmer sans rire que « malgré un contexte difficile, le marché du travail français résiste ». On a connu résistance plus efficace. En 2022, Macron avait promis le plein emploi à la fin de son quinquennat, en 2027, avec un chômage à 5 %. On en est loin. Car si le contexte est effectivement « difficile » pour les classes populaires, les grandes entreprises, elles, continuent de s’en mettre plein les poches.

L’affaire n’est pas courante. 45 membres d’un groupe Telegram intitulé « femmeblancherie » ont été interpellés après une enquête du parquet de Paris. 34 seront jugés à l’automne pour « provocation à la haine contre les femmes ». Le groupe comptait plus de 1 700 abonnés, qui échangeaient de nombreux propos à caractère sexiste mais aussi raciste et des apologies du terrorisme et de crimes contre l’humanité. L’enquête a été menée à l’initiative du Pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris. Elle a révélé que la plupart des personnes interpellées fréquentaient aussi assidûment des sites d’extrême droite. En juin dernier, un rapport publié par la délégation aux droits des femmes du Sénat alertait sur le fait que « les masculinismes d’aujourd’hui ne sont pas qu’une simple “tendance” sur les réseaux sociaux. Ils constituent un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes… ». Si le canal « femmeblancherie » a été supprimé au moment de l’interpellation de plusieurs de ses membres, un nouveau groupe « femmeblancherie2 » a néanmoins très vite pris sa succession. Il se présente comme un « canal humoristique et satirique », visant à « étudier le “problème femme”». Preuve qu’il faudra plus que quelques arrestations pour éradiquer cette forme extrême d’un sexisme qui gangrène à des degrés divers l’ensemble de la société.

Vague de mécontentement dans le monde sportif contre le traitement du Tour de France féminin par France Télévisions. Cela a commencé dès le début de l’épreuve lorsque le diffuseur public a choisi de programmer la série policière canadienne Hudson et Rex à la place des premières heures de course. Et alors que les 21 étapes du Tour masculin avaient été retransmises en intégralité, l’antenne de France 2 est ouverte au Tour femmes qu’en milieu d’après-midi en zappant souvent les moments les plus importants de l’épreuve. Devant les protestations, la direction de France Télévisions a promis de réfléchir à la question. Mais peu de chance que sa réflexion aboutisse avant la fin de l’épreuve.

Qu’importent les massacres à Gaza, les exactions de toutes sortes en Cisjordanie, le pilonnage et la destruction de villages au Sud Liban. Comme si de rien, n’était la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, continue de mener des négociations avec le gouvernement israélien afin de finaliser un accord de sécurité et de coopération policière. Le but est de permettre l’échange de données à caractère personnel hautement sensibles entre l’agence européenne Europol d’une part, la police israélienne et le Shin Bet (agence de sécurité intérieure) de l’autre. Un accord précédent, qui excluait tout transfert de données à caractère personnel, avait été signé entre 2018 mais est jugé aujourd’hui obsolète. D’où les nouvelles négociations voulues par von der Leyen malgré l’opposition de plusieurs États membres et les réserves des services juridiques de Bruxelles. Si elles aboutissaient, cela permettrait à l’État sioniste de mettre la main sur nombre de renseignements concernant les Palestiniens exilés en Europe mais aussi sur celles et ceux qui leur viennent en aide, tout ça bien sûr au nom de la lutte « contre le terrorisme ». Un exemple parmi d’autres de la complicité de l’Union européenne avec Israël.

Si, selon les spécialistes, la croissance économique reste « molle » (+ 0,2 % au second trimestre), par contre les profits des grandes entreprises n’enregistrent aucun coup de mou. Bien au contraire. Au premier semestre, les bénéfices des quarante plus grands groupes côtés à la Bourse de Paris ont atteint des records avec un bond cumulé de 41,5 % par rapport à la même période de l’an dernier. Arrive en tête TotalEnergies, suivi par la BNP Paribas et LVMH de Bernard Arnault. Même les constructeurs automobiles (Renault et Stellantis) et les sociétés de télécommunications (Orange) ont renoué avec les bénéfices. La période est faste pour les patrons, aux salariés d’exiger leur dû.

Les bruits de bottes se font aussi entendre dans les pays nordiques. Ainsi le Danemark, membre de l’Otan, a décidé de rallonger son service militaire obligatoire pour répondre « à une nouvelle réalité », c’est-à-dire à la guerre d’Ukraine. La durée sous les drapeaux passe de 4 à 11 mois et s’élargit aux jeunes femmes, qui représenteront cette année 20 % des effectifs. À la Garde royale, au régiment des hussards de la garde, dans la conscription cybernétique ainsi qu’à bord du navire royal Dannebrog, le service militaire durera en revanche 12 mois. Là encore, on tente de mobiliser la jeunesse au son du tambour avant de l’envoyer au casse-pipe.

Fin juin l’ambassadeur de France en république du Congo s’est mis en scène dans une vidéo intitulée « Le visa de la vérité » sur le compte Instagram de l’ambassade. Elle empilait les propos méprisants pour les Congolais. Supprimée quelques heures après sa publication sur décision du Quai d’Orsay, la vidéo a été récupérée par Le Canard enchaîné. En une minute et quarante-huit secondes le diplomate se livrait à une enfilade de clichés racistes demandant aux personnes susceptibles de demander un visa d’être « gentilles », « sincères », « de ne pas tricher », de présenter « un dossier honnête », etc. Comme le savent les plus petits depuis Tintin au Congo, les Africains sont de grands enfants qu’il faut savoir éduquer. Encore heureux que la vidéo n’ait pas été accompagnée de la chanson Le Temps (béni) des colonies de Michel Sardou.

C’est huit mois après sa sortie que le gouvernement a finalement choisi de rendre public un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), montrant une « dégradation sanitaire importante » de la natalité, c’est-à-dire une augmentation constante depuis quinze ans de la mortalité des nouveaux nés. Le ministère de la Santé s’est fait forcer la main par Le Canard enchaîné qui avait fait état de ce rapport et de ses conclusions dans son édition de cette semaine. Autrefois bien placée parmi les pays développés, la France a chuté depuis le début des années 2010 vers le bas du classement, avec plus de quatre bébés sur 1 000 décédés avant leur premier anniversaire en 2024. Cette mortalité de 4 ‰ est supérieure à celle de la moyenne de l’Union européenne (3,3 ‰) et loin de celle enregistrée par des pays comme l’Italie et le Portugal (2,5 ‰). Si, notent les auteurs, les causes sont diverses (âge de plus en plus tardif des grossesses, hausse des grossesses multiples…), un facteur prépondérant est celui des inégalités sociales et territoriales qui amplifient le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère. Par exemple, les régions d’Outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants. La situation s’est aussi dégradée en Île-de-France et la Seine-Saint-Denis, le département le plus pauvre de Métropole, enregistre le taux de mortalité infantile le plus élevé, avec environ une mortalité de 5,4 ‰. Ce chiffre dépasse de 50 % la moyenne nationale et s’explique par une combinaison de facteurs socio-économiques, de difficultés d’accès aux soins et de saturation des structures périnatales locales. Bref, la pauvreté joue un rôle déterminant dans la mortalité infantile.