Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Cinq salariés noirs ont été licenciés de l’entreprise de sécurité Watch Over qui officie à l’aéroport de Roissy. Leur tort ? Avoir été mis à l’écart lors d’un tournage d’un reportage pour TF1 en août dernier et l’avoir dénoncé auprès de leur hiérarchie. L’encadrement ne souhaitait visiblement pas qu’ils apparaissent à l’écran et les a remplacés par des salariés blancs !

1er mai 2026, 4 heures : les premiers salariés de la boulangerie Le Pétrin dauphinois à Domarin (Isère) commencent leur journée. Ce n’est ni le paternalisme ambiant dans les magasins, ni les salaires mangés par l’inflation, ni encore la peur des représailles qui les ont poussés à sacrifier un jour de repos payé. La preuve ? Leur patron, M. Amieux, leur a fait signer un papier qui le dit !

8 h 30 : des inspecteurs du travail font savoir à M. Amieux qu’il est dans l’illégalité et qu’il risque une amende. Il ne l’ignorait pas, mais il s’en fiche un peu. Depuis des années qu’il exploite ses salariés le 1er mai, ce n’est pas en 2026 que ça va changer…

12 h 10 : M. Amieux, par ailleurs président de la fédération des boulangers locale, intervient par téléphone sur RMC, radio officieuse du petit patronat pleurnicheur. M. Amieux a 14 salariés, ce n’est pas vraiment un « petit », mais qu’importe, il déroule : « Ça ne me fait pas peur […] le Premier ministre a été clair que s’il y aurait des amendes, on ne les paierait pas ».

Juste après son passage radio, le Premier ministre l’appelle et lui confirme qu’il n’aura aucune sanction. Ce petit numéro est à la fois un coup de com’ et un coup monté qui fait passer un gros boulanger pour la petite victime d’une vilaine tradition ouvrière. Il n’avait qu’un seul but : faire accepter un recul sur un jour qui doit rester celui des travailleurs !

« Il était une fois un jeune homme, qui avait grandi dans un HLM dans le 93, élevé par une mère Atsem et célibataire. Il s’appelait Jordan Bardella et voulait être président pour sauver la France, et aider les pauvres, comme lui. » Le RN va avoir un peu plus de mal à vendre ce conte sur Jordan Bardella maintenant qu’il vient d’officialiser sa liaison avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Une démonstration, s’il en fallait encore (après notamment les repas de Bardella avec des grands patrons), que le RN est au service des nantis et est lui-même composé de pas mal de millionnaires aux comptes bien remplis. La véritable histoire serait donc plutôt : « Il était une fois un jeune raciste aux dents longues nommé Bardella, en couple avec une princesse, et qui voulait devenir président pour servir les riches et les puissants. »

Une étude Oxfam vient d’être publiée sur 1 500 entreprises et sur 33 pays. Elle montre que les PDG et dirigeants français deviennent de plus en plus riches et les salariés de plus en plus pauvres. Sur les six dernières années, l’évolution mondiale indique que le salaire réel des travailleurs (équivalent à leur pouvoir d’achat) a diminué de 11 % tandis que celui des PDG a augmenté de 54 %. Ce sont les travailleurs qui créent la richesse, elle devrait leur revenir. Bienvenue dans le capitalisme !

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a écarté la possibilité de lever « la moindre sanction » internationale contre l’Iran tant que le détroit d’Ormuz reste bloqué. Sauf qu’il feint d’oublier que lesdites sanctions internationales, auxquelles Paris est étroitement associé, n’ont rien à voir avec la guerre actuelle et ont été prises contre le régime de Téhéran depuis des années parce qu’il était soupçonné de vouloir se doter de l’arme nucléaire. Mais les mêmes ne prennent aucune sanction contre Israël qui, selon les experts, possède pourtant plusieurs dizaines d’ogives atomiques fabriquées à l’origine avec l’aide technique… de la France. Ce qui ne semble pas gêner Barrot…

L’ONG norvégienne Aegean Boat Report, qui vient en aide aux migrants en détresse en mer Égée, a reçu un appel d’urgence de personnes accusant les garde-côtes grecs d’avoir refoulé et endommagé leur embarcation. « Le groupe nous a raconté avoir été violemment repoussé par les garde-côtes grecs. D’après les survivants, ces derniers ont détruit le moteur, endommagé le canot […] et les ont laissés dériver en mer tandis que l’embarcation prenait l’eau », écrit l’ONG, qui documente depuis des années les refoulements illégaux dont sont accusés les garde-côtes grecs. Finalement un migrant a péri dans la collision et 43 autres ont été secourus par les garde-côtes turcs dont quatre se trouvaient dans l’eau. Déjà, début février, 15 migrants avaient été tués dans une collision entre leur embarcation et un patrouilleur des garde-côtes grecs au large de l’île de Chios, située à quelques encablures des côtes turques. Depuis des années, l’attitude criminelle d’Athènes à l’égard des migrants a toujours été couverte par l’Union européenne. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, au moins 1 209 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée depuis le début de l’année.

Le 7 mai 1946, une loi était promulguée qui proclamait citoyens français tous les ressortissants des « territoires d’outre-mer », la nouvelle dénomination des colonies françaises. Portée par le maire de Dakar et député socialiste, Lamine Guèye, elle mettait fin au Code de l’indigénat, en place depuis 1881, et qui considérait les « indigènes » comme des sous-hommes, exploitables et corvéables à merci, alors que les Français étaient les vrais maîtres. Mais si la nouvelle loi constituait un progrès, seuls les Français métropolitains disposaient en réalité de la plénitude des droits civils et politiques. Pour les autres, les droits différaient et l’on pouvait avoir des citoyens français de statut personnel différent – français, musulman ou encore coutumier. Et il fallut attendre encore dix ans, et la loi-cadre Defferre de 1956, pour que le suffrage universel, le collège électoral unique et l’égalité formelle de tous soient pleinement instaurés. Ce qui n’empêcha pas, quelques années plus tard, la plupart des colonies d’opter pour l’indépendance et de rejeter les liens de sujétion à la métropole. Et si aujourd’hui l’empire colonial se réduit à quelques confettis, le capitalisme français continue toujours d’exploiter ses anciennes colonies par le biais de classes dirigeantes locales souvent corrompues et dictatoriales. C’est ce qu’on appelle la Françafrique !

L’ancienne Première ministre, Élisabeth Borne, a annoncé qu’elle se retirait de la direction du parti macroniste Renaissance pour se consacrer au nouveau mouvement qu’elle a créé « Bâtissons ensemble ». Si l’antagonisme et la guerre d’égos entre elle et le président du parti, Gabriel Attal, qui fut son ministre de l’Éducation nationale, sont bien connus et documentés de longue date, le conflit actuel vient du fait qu’Attal brigue la présidence en préconisant une alliance avec la droite alors que Borne lorgne plutôt vers un accord avec des gens de la gauche « modérée » comme Glucksmann, Cazeneuve voire Hollande. Mais au-delà des divergences de vue, qui ne sont malgré tout pas très profondes, tout ce petit monde se déchire pour savoir quel sera le meilleur moyen d’avoir accès à la mangeoire présidentielle. De ce point de vue ils se valent tous.

C’est Mediapart qui révèle l‘information. Alors que le procès en appel de Sarkozy dans l’affaire des financements libyens bat son plein, Arnaud Lagardère, le PDG du groupe de médias et de distribution du même nom, passé sous le contrôle de Vincent Bolloré, a réitéré son soutien à l’ex-président. Lors de l’assemblée générale des actionnaires, à Paris, Lagardère, a qualifié l’ancien président de la République d’« un ami du groupe » – et a souligné qu’il serait maintenu dans son statut d’administrateur, y compris en cas de confirmation de sa condamnation. De la part d’Arnaud Lagardère lui-même empêtré dans plusieurs affaires judiciaires, c’est, en quelque sorte, une solidarité entre délinquants.