Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Madame Anne de Guigné, journaliste au Figaro, a écrit dans un article du 12 avril « que les salles de musculation jouent sur la nostalgie de l’usine » et que « les codes du sport et du travail se brouillent ». Alors le patronat regrette peut-être les siècles révolus : quand ils font travailler leurs salariés dans la misère et le plus longtemps possible, est-ce par nostalgie de l’esclavage ou de la monarchie ? Et quand ils critiquent l’immigration, qu’ils stigmatisent les Noirs et les Arabes, est-ce en souvenir de la colonisation ? Mais si les gens vont à la salle de sport, c’est pour leur bien-être et aussi pour ne pas être cassés quand les patrons les autorisent enfin à prendre leur retraite. C’est peut-être aussi pour évacuer une partie de leur frustration et de leur haine envers leur direction qui les stresse et les prend pour des « ressources » jetables.

Selon une information publiée par le journal israélien Haaretz et reprise par son confrère libanais L’Orient-Le Jour, des soldats et commandants israéliens ont reconnu qu’outre les démolitions systématiques des maisons et autres bâtiments dans les villages du Sud Liban occupés par Israël, les troupes se prêtaient à des actes de pillages généralisés de biens civils, sans qu’aucune mesure disciplinaire ne soit prise à leur encontre. Ils font main basse sur les meubles, motos, tableaux, tapis, etc. Ce pillage, qui se fait au grand jour, est le fait aussi bien des soldats réguliers que des réservistes. L’état-major laisse faire… lorsqu’il ne prête pas main forte. Autant de crimes contre la population civile que ni les Barrot, ni les Macron ne condamnent.

Un jardinier marocain sans papiers de 32 ans vient d’être expulsé vers le Maroc par le préfet des Hauts-de-Seine après avoir séjourné dans un centre de rétention administrative. En France depuis 2017, il travaillait pour la famille Le Pen, et plus précisément pour Jany, veuve du fondateur du Front national et mère de Marine Le Pen. Toute la famille était sans doute au courant de la situation de ce jardinier, mais dénoncer publiquement les migrants sans papiers n’empêche nullement de les surexploiter discrètement à domicile. À noter dans cette affaire le triste rôle joué par le préfet du département, Alexandre Brugère, qui se vante de faire la chasse aux migrants « clandestins ». Dans un document remis aux élus un an après son arrivée à la tête de la préfecture, en 2024, Brugère se félicitait d’avoir mis un « coup de frein » en réduisant les régularisations de 62 % dans son département, fait exploser les refus de 1 250 % et augmenté les expulsions de 41 %. Un bien triste sire…

La cellule investigation de Radio France a révélé un rapport confidentiel mettant en lumière la dégradation des conditions d’exercice des agents de l’inspection du travail. Ce rapport avait été demandé par les organisations syndicales du ministère du Travail en septembre 2022 constatant la multiplication des arrêts maladies, des tentatives de suicides et de la diminution drastique des effectifs. Cette analyse, basée sur des enquêtes du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du ministère du Travail, des rapports de la Cour des comptes, ainsi que sur 85 entretiens collectifs et individuels, pointe du doigt une grave souffrance au travail des agents. La baisse des effectifs sur la période 2015-2021 (740 postes perdus, soit 16 % du total) a eu pour conséquences une surcharge de travail, des troubles du sommeil, des burnouts, du stress, voire des tentatives de suicide. À cela s’ajoutent les violences dont ils sont victimes – notamment en milieu rural – violences presque jamais condamnées par les responsables politiques. Un bien triste tableau qui devrait encore s’assombrir puisqu’ils seront touchés de plein fouet par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois dès 2027.

À l’issue de leur garde à vue, deux CRS, qui avaient été filmés en train d’agresser un jeune homme à coups de pieds et de poings, seront jugés le 1er juin devant le tribunal correctionnel pour violences mais aussi pour vol aggravé, car ils avaient dérobé 100 euros et des objets personnels à leur victime. Le malheureux au sol avait demandé à un passant d’appeler la police et l’un de ses agresseurs lui avait répondu : « C’est nous la police. » La scène s’était déroulée à cinq heures du matin dans le quartier de l’Ariane et les deux hommes, membres d’une compagnie de CRS en déplacement dans la ville, n’étaient pas en service, portaient des vêtements civils et étaient fortement alcoolisés. Ils s’en sont pris à cet homme qui se trouvait devant son domicile. Pour leur défense les flics tabasseurs ont affirmé avoir été menacés et insultés « en leur qualité de CRS ». Ce que ne montrent pas les images. Mais comme dirait le ministre de l’Intérieur, « la violence policière n’existe pas ».

Les passoires thermiques – ces logements peu ou mal isolés – représentent un véritable fléau pour celles et ceux qui y habitent. Selon le ministère de la Transition écologique, on dénombrerait dans le pays 5,4 millions logements de catégories F et G, les deux pires notes du classement des performances énergétiques. C’est pourquoi, depuis le 1er janvier 2025, il est interdit de mettre en location un logement en G et une loi similaire devait s’appliquer à partir du 1er janvier 2028 pour les logements en F. Mais, de passage à Marseille, le Premier ministre Sébastien Lecornu, face à la fronde des propriétaires, vient de reculer. Désormais il sera de nouveau possible de relouer ces passoires thermiques à condition d’un « engagement » du propriétaire à réaliser des travaux d’amélioration… dans les trois ans pour les maisons individuelles et dans les cinq ans pour les appartements en copropriété. Ça ne mange pas de pain. Attention : ces mesures ne seraient soi-disant pas faites pour plaire aux proprios (qui sont malgré tout ravis) mais pour « éviter d’accentuer le manque de logements locatifs ». Si c’est pour la bonne cause…

La défenseure des Droits a remis un rapport dénonçant les dérives de la lutte contre la « fraude sociale ». À l’heure où les organismes ont de plus en plus recours aux algorithmes, de nombreux allocataires de prestations sociales se retrouvent accusés d’être des fraudeurs par suite d’une simple erreur. Le rapport dénonce de plus le « sur ciblage » des plus précaires par les contrôles, ainsi que « des modalités de recouvrements frauduleux », ne préservant pas des moyens d’existence pour les usagers et leurs familles. Mais les médias et les politiciens réactionnaires font mine de s’étrangler d’indignation. Retailleau, président des LR a qualifié ce rapport d’« injustifiable », en déclarant que « le défenseur des droits n’a pas été créé pour défendre les fraudeurs ». On nous dit que cela représenterait une perte de 14 milliards d’euros, en oubliant que sous le terme « fraude fiscale », on désigne à la fois la fraude aux prestations et la fraude aux cotisations sociales commise par des employeurs, qui représente plus de la moitié du montant total. Et, surtout on évite de parler de la fraude fiscale, évaluée, elle, entre 80 et 120 milliards, et des capitalistes qui, en toute légalité, échappent à l’impôt. Dans ce cas, on ne parle pas de fraude, mais d’« optimisation ».

Le PDG de Warner Bros., David Zaslav, est en train de se faire virer. Avec une ancienneté de poste de quatre ans et un bilan pas très reluisant (une partie de l’entreprise est sur le point de se faire manger par son rival Paramount Skydance), il va toucher 550 millions de dollars d’indemnité de licenciement, sans compter 99 millions de dollars d’actions de Warner Bros. À ce tarif, ceux d’entre nous qui risquent de perdre leur emploi consentent à renoncer à la revendication d’interdiction des licenciements. Mais à ce tarif seulement.

Selon la dernière étude détaillée de la Banque de France sur le profil des personnes et des ménages surendettés, l’essentiel des dossiers concernent les populations les plus précaires sur le plan économique. Les femmes sont majoritaires, 21 % des dossiers proviennent de familles monoparentales et plus d’un quart des personnes touchées sont sans emploi. Enfin près deux tiers (62 %) vivent sous le seuil de pauvreté. Le nombre de dossiers traités a augmenté de 14,1 % par rapport à 2025 qui connaissait déjà une hausse de 9,8 % sur l’année précédente. Et avec la situation économique actuelle, les choses devraient encore empirer.