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Palestine

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont réunis pour discuter de possibles sanctions à prendre contre les colons israéliens coupables de violences en Cisjordanie et, éventuellement, contre les ministres d’extrême droite qui les soutiennent. Le problème est on ne peut plus d’actualité. Selon des rapports palestiniens, des colons auraient mené plus de vingt attaques à travers la Cisjordanie au cours du week-end dernier, blessant plusieurs personnes et incendiant des maisons. Mais la question des sanctions est un feuilleton à épisodes qui n’aboutit jamais du fait des désaccords entre les pays membres mais aussi, et surtout pourrait-on dire, par manque de volonté politique de sanctionner l’État sioniste. Car si les colons peuvent se montrer violents, c’est qu’ils sont assurés du soutien de l’armée et de tout l’appareil d’État. Mais sanctionner certains d’entre eux, voire imposer des taxes aux produits agricoles produits dans les colonies « illégales », sera un coup d’épée dans l’eau. Comme il n’est toujours pas question de suspendre l’accord de coopération Union européenne-Israël, le reste est du bla-bla pour amuser la galerie.

Si la plupart des humanitaires de la flottille Global Sumud, arraisonnée par la marine de guerre israélienne au large de la Crête, ont été conduits en Grèce avant d’être rapatriés chez eux, deux d’entre eux sont toujours entre les mains des militaires israéliens. Il s’agit du brésilien Thiago Avila et de l’espagnol Saif Abukeskek. Selon l’ONG israélienne de défense des droits humains Adalah, ils font l’objet de « mauvais traitements » et d’« abus psychologiques » en prison, notamment des interrogatoires de huit heures, un éclairage puissant en cellule 24 heures sur 24, un isolement total et des déplacements systématiquement les yeux bandés, même durant les visites médicales. En outre ils sont arrivés au tribunal de la ville côtière d’Ashkelon les pieds entravés. Selon le juge, ils sont soupçonnés d’« assistance à l’ennemi en temps de guerre, de contacts avec un agent étranger, d’appartenance à une organisation terroriste et d’assistance à une organisation terroriste ». Leur avocat a dénoncé « une tentative de criminaliser toute solidarité avec le peuple palestinien ». Des pacifistes israéliens ont organisé une manifestation devant l’immeuble du gouvernement à Tel Aviv pour protester contre leur emprisonnement. Libérez Thiago et Saif !

Pour fêter ses 50 ans le ministre de la Sécurité nationale, l’ultra-nationaliste Itamar Ben Gvir, a invité des personnalités politiques de haut rang, des activistes de droite, mais aussi de nombreux officiers supérieurs de la police et du service pénitentiaire. À cette occasion, rapporte The Times of Israël, les gâteaux d’anniversaire étaient décorés de nœuds coulants et d’armes à feu, une référence à peine voilée à la nouvelle loi adoptée en mars dernier par le Parlement et imposant aux seuls Palestiniens condamnés pour terrorisme la peine de mort. Son épouse, Ayala, avait fait ajouter une inscription disant « Bonne chance au ministre Ben Gvir, parfois les rêves deviennent réalité ». De son côté son collègue des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré sur la chaine TV7 Israel News : « Mon fils blessé a exprimé le souhait que la guerre au Liban ne prenne pas fin, afin qu’il ait encore quelque chose à détruire [là-bas] une fois guéri. Je lui ai répondu : “Ne t’inquiète pas, il y en aura pour tout le monde.” »

Des dangereux psychopathes qui reflètent on ne peut mieux ce qu’est le gouvernement Netanyahou.

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée cette année le 3 mai, le Centre palestinien pour les personnes disparues et victimes de disparition forcée a attiré l’attention du monde sur les 263 journalistes tués à Gaza depuis le début du conflit et sur la disparition de certains d’entre eux, dont Nidal Al Wahidi et Haitham Abdul Wahed toujours portés disparus depuis 939 jours, sans qu’aucune information fiable ne soit disponible concernant leur lieu de séjour ou leur état de santé. Outre les journalistes tués 420 ont été blessés, dont beaucoup restent handicapés, tandis qu’une quarantaine d’autres seraient toujours emprisonnés par Israël. Par ailleurs l’occupant sioniste continue d’interdire l’entrée de Gaza aux journalistes étrangers. Comment dit-on « liberté de la presse » en hébreu ?

Le Dr Hussam Abu Safiya, pédiatre et directeur de l’hôpital Adwan à Gaza, a été arrêté le 29 décembre 2024, lors d’un raid de l’armée israélienne sur cet hôpital. Il avait refusé l’ordre d’évacuation pour continuer à soigner ses patients et est considéré pour cela comme un « combattant illégal ». Maintenu en détention administrative, sans qu’aucune charge ne lui soit notifiée, il a comparu devant un tribunal, le 28 avril, qui a décidé son maintien en détention pendant six mois.

Un rassemblement a eu lieu devant l’Association médicale israélienne pour demander sa libération. Amnesty International et Physicians for Human Rights Israël ont organisé une campagne en sa faveur, et des experts de l’ONU ont également demandé qu’il soit libéré, en raison de tortures graves et de la détérioration de son état de santé, les autorités refusant de lui fournir les soins médicaux nécessaires. Selon une avocate qui a pu lui rendre visite, en juillet 2025, il avait perdu 35 kilos et souffrait de problèmes cardiaques ainsi que de multiples blessures subies lors d’interrogatoires.

Si le Dr Hassam Abu Safiya continue à être emprisonné et à faire l’objet de mauvais traitements, malgré une certaine médiatisation, on peut imaginer la situation des milliers de prisonniers palestiniens détenus arbitrairement et souvent clandestinement, sans même pouvoir informer leurs familles.

Les autorités israéliennes utilisent l’accès à l’eau comme une « arme » contre la population gazaouie, en la privant de cette ressource essentielle dans le cadre d’une « campagne punitive collective », dénonce un rapport de Médecins sans frontières (MSF). Selon des données de l’ONU, de l’Union européenne et de la Banque mondiale, Israël a détruit ou endommagé près de 90 % des infrastructures d’eau et d’assainissement, notamment les usines de dessalement, les forages, les canalisations et les réseaux d’égouts. Dans le même temps, ses troupes ont bloqué de manière constante l’entrée des équipements liés à l’eau dans le territoire palestinien. En mars 2026, MSF fournissait plus de 5,3 millions de litres d’eau par jour, l’équivalent des besoins minimum de plus de 407 000 personnes, soit environ un habitant sur cinq. Mais les ordres de déplacement imposés par l’armée israélienne ont empêché ses équipes d’accéder à des zones où elles procuraient de l’eau à des centaines de milliers de personnes. En outre un tiers des demandes de l’ONG pour faire entrer des unités de dessalement, des pompes, du chlore et d’autres produits de traitement de l’eau, des réservoirs, des répulsifs anti-insectes ou des latrines « ont été refusées ou sont restées sans réponse ». Et de conclure : entre destruction d’infrastructures et obstacles à l’approvisionnement, « la privation délibérée d’eau infligée aux Palestiniens fait partie intégrante du génocide perpétré par Israël ».

Un rapport publié sous l’égide du Conseil norvégien pour les réfugiés montre que les colons et les soldats israéliens utilisent de plus en plus le harcèlement sexuel pour accélérer le nettoyage ethnique des Palestiniens. L’intérêt de ce document accablant, intitulé Violences sexuelles et déplacements forcés en Cisjordanie, n’est pas seulement de rappeler les effets de la colonisation et de l’occupation sur les populations palestiniennes mais aussi de mettre en lumière le type de violence, sexiste et sexuelle, opérée par les colons israéliens. À noter que ces derniers n’ont pas hésité à filmer « leurs exploits » et à poster ensuite des vidéos sur les réseaux sociaux. Une infamie de plus…