Nos vies valent plus que leurs profits

Accidents du travail : nous ne voulons plus compter nos morts !

Le 24 décembre dernier, Noël, et un article du Parisien : « La cabine d’un ascenseur se décroche sur un chantier, un ouvrier entre la vie et la mort ». Quelques lignes dans un journal, puis plus rien. L’ouvrier emmené à l’hôpital, en arrêt cardio-respiratoire, a-t-il perdu la vie ? Quelles sont les causes du décrochage de l’ascenseur ? Quid de ses collègues et proches ? La brève reste sans suite, un de ces « faits divers » éphémères.

Grosso modo 1 000 morts au travail par an en France. Chiffre approximatif, parce que la Sécurité sociale ne couvre pas l’ensemble des professions, et parce que n’existent pas dans les chiffres les ouvriers qui n’ont pas de papiers ou pas les bons ! Sur le compte X, « Accident du travail : silence, des ouvriers meurent », tenu par Matthieu Lépine, un prof d’histoire-géo qui a sérieusement enquêté sur les accidents du travail et a dénoncé « L’hécatombe invisible1 », on découvre des prénoms, des visages et des âges.

Des noms de cordiers ensevelis dans des silos, d’ouvriers du BTP morts pour être tombés d’un toit, d’ouvriers agricoles écrasés sous d’énormes machines, mais aussi de caissières ou ouvriers de la logistique épuisés par des gestes répétitifs ou des maladies professionnelles ; des employés de bureau et ingénieurs soumis aux burn-outs et profondes dépressions. Sans oublier les accidents de trajet, quand on est pressé par des horaires serrés.

C’est le résultat d’une politique toute dévouée aux profits du patronat. Depuis la loi Travail de 2016 sous François Hollande, pour ne pas remonter plus loin, toutes les réformes du droit du travail comme des retraites, dont la mise en place des CSE et la disparition des CHSCT, ont été des chèques en blanc donnés aux patrons. Pour ne pas dire des permis de tuer, à feu lent ou tout d’un coup !

En matière de sécurité, les directions d’entreprise soignent leur com’ plus qu’une vraie protection. Une formation à la sécurité proposée tous les 36 du mois à la sécurité, ou encore les fameux équipements de protection individuelle (EPI), où les recommandations de la médecine du travail ne peuvent jamais être tenues… C’est aussi l’hypocrisie des plus grandes entreprises, donneuses d’ordres qui s’appuient sur des chaînes de sous-traitants, sur l’intérim ou même sur l’« auto entreprenariat » (c’est la start-up nation de Macron !) qui diluent toutes les responsabilités. Les dés sont pipés. Le patronat a toujours à sa botte une armada de juristes…

Mais nous, les travailleurs et travailleuses, avons aussi notre force de frappe. Des collectifs, des capacités d’organisation et des moyens de répondre. C’est sur nos lieux de travail, et plus largement, que le combat doit se mener. Le risque zéro est un objectif de lutte, qu’on n’arrachera certainement qu’avec la fin du capitalisme. Mais c’est l’objectif. Pour nos vies et contre leurs profits ! Perdre sa santé et sa vie à la gagner n’est pas une fatalité.

Selma Labib

1  Matthieu Lépine, L’hécatombe invisible, enquête sur les morts au travail, éditions du Seuil, 2023.