Alors que, suite à un soutien massif, le tribunal administratif de Paris avait annulé la révocation de notre collègue infirmière pour « port du calot », et avait condamné la direction de l’AP-HP à la réintégrer, l’AP-HP persiste et signe. Elle lui inflige une nouvelle sanction, huit mois d’exclusion. Une sanction inadmissible, qui la prive de salaire pendant huit mois. Et une sanction profondément injuste. Des mois d’exclusion, c’est une sanction de troisième catégorie, pour des cas graves, tels que des erreurs médicales ou des violences. Rien de tel ici, au contraire. Majdouline B. travaille dans cet hôpital depuis près de dix ans, sans jamais avoir fait l’objet de reproches, pas même pour le port d’un calot d’ailleurs !
Surtout, pour rappel, contrairement à ce que la direction de l’AP-HP répand dans la presse, il ne s’agit absolument pas de l’application de la laïcité. L’AP-HP n’a d’ailleurs pas fondé ces sanctions sur la laïcité ou le principe de neutralité ! Ces principes ne figurent nullement dans la décision de révocation et ne figurent pas davantage dans l’arrêté la suspendant huit mois. Et pour cause, la direction de l’AP-HP sait bien qu’elle ne peut pas interdire le port de tout couvre-chef – a fortiori à usage médical ! – au nom de ces principes. Elle l’a d’ailleurs reconnu en CSE en 2024.
C’est sur un autre motif qu’elle fonde ses décisions : le non-respect des règles d’hygiène. Un calot médical, enfreignant les règles d’hygiène ? Une absurdité totale, qui cache mal qu’il s’agissait manifestement d’un prétexte. Pourquoi le port du calot, même « en continu », poserait-il davantage de problème sanitaire que le port de la blouse tout aussi continu ?
Pourquoi ? Parce que manifestement tout le monde n’est pas visé à l’hôpital : la direction vise des femmes, sur des bases racistes, en présumant qu’elles sont de confession musulmane, et en s’arrogeant le droit de régenter ce qu’on a dans la tête alors même qu’il n’y a aucune manifestation religieuse. Or, ce que la loi prohibe ce sont précisément ces manifestations. Dès lors, sanctionner des collègues pour cette raison – de même que faire pression, harceler, humilier – relève tout simplement de la discrimination. Et si l’on quitte le terrain juridique pour celui du simple bon sens, on se demande bien qui ça gênerait, et surtout comment on se permet d’écarter ou de faire fuir des soignants aujourd’hui, alors que l’hôpital est exsangue et manque cruellement de bras.
En réalité, cette nouvelle sanction a pour objectif d’empêcher le retour de Majdouline au travail, que la justice avait pourtant ordonné. La direction aurait-elle peur ? Peur du soutien massif qui s’est exprimé chez les collègues, d’ailleurs nombreux au rassemblement, et sur les réseaux sociaux ? L’AP-HP cherche manifestement à faire taire toutes celles et ceux qui se sont élevés contre l’injustice de cette procédure absurde, arbitraire, raciste et misogyne. Et des militants syndicaux d’hôpitaux parisiens sont désormais menacés par la direction de l’AP-HP pour avoir dénoncé cette chasse aux calots…
Mais devant la multiplication de ce type de procédures ou campagnes racistes, qui sous couvert de laïcité s’en prennent aux musulmans (ou assignés tels), à l’hôpital ou dans d’autres secteurs, les résistances se multiplient, inspirées sans doute par le courage de Majdouline. Rien que dans les hôpitaux, des centaines de cas remontent. À l’hôpital Tenon, par exemple, aura lieu un rassemblement de soutien, vendredi 13 février, pour un cas similaire. Hors de question de se laisser faire, un recours en justice est en voie d’être formé contre la suspension de Majdouline et un rassemblement aura lieu pour l’audience.
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