Nos vies valent plus que leurs profits

À la RATP aussi : neutralité ou neutralisation des travailleurs ?

La RATP s’apprête à généraliser un plan intitulé « Travailler ensemble », non sans une certaine ironie. Testé depuis cet été dans certains dépôts de bus, ateliers ou lignes de métro pilotes, il enjoint les cadres à faire la chasse aux indices religieux, mais surtout quand il s’agit de l’islam…

De manière générale, la laïcité avait déjà servi de justification pour introduire, avec la loi Travail en 2016, la possibilité d’inscrire une « clause de neutralité » dans les règlements intérieurs, afin de restreindre « la manifestation des convictions des salariés » (à condition que ces restrictions soient générales, proportionnées et non-discriminatoires) – l’occasion aussi pour le patronat de chercher à faire taire les convictions politiques (comme à la RATP où le plan en profite au passage pour enjoindre aussi de « faire retirer tous les signes de manifestation d’opinion politique »), bien qu’un arrêt de 2021 de la Cour de justice de l’Union européenne l’ait expressément exclu.

Mais à la RATP, comme chez ses sous-traitants, c’est carrément le principe de neutralité du « service public » qui s’applique. Malgré la privatisation ? Oui, car le gouvernement a veillé à étendre le principe à tous les opérateurs privés réalisant un service public, ainsi qu’aux salariés des HLM et des entreprises ferroviaires (loi « Séparatisme » de 2021).

Mais pour sanctionner au nom de la neutralité ou de la laïcité, encore faut-il des manifestations religieuses. C’est loin d’être le cas, puisque le plan demande aux managers de deviner « des phénomènes d’entrisme » en repérant des bouteilles d’eau dans les toilettes, ou encore, palme du genre, des « prières récitées de façon silencieuse » !

Le seul séparatisme, ce n’est pas celui que les patrons essaient d’instiller entre nous, mais c’est le leur, celui des riches, de ceux qui voudraient nous faire croire à l’unité nationale, la République et l’égalité, alors qu’ils condamnent le reste de la population à un apartheid social et économique dévastateur.

6 janvier 2026

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