Nos vies valent plus que leurs profits

À l’Ouest du nouveau ?

Mercredi 7 janvier, Renee Good est morte assassinée à Minneapolis par les flics anti immigration de Trump, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). La veille, 2 000 agents de cette force de police, équipée pour le combat de rue, avaient débarqué dans la ville, une place forte du Parti démocrate dans le Midwest.

L’ICE, un instrument du racisme trumpiste…

Créée en 2002 par George W. Bush, l’ICE a vu ses effectifs gonfler l’été dernier. Parmi les 12 000 recrues embauchées lors de job datings, on trouvait des anciens militaires en mal d’action, des xénophobes revendiqués, mais aussi… des immigrés prêts à traquer leurs semblables, du moment que la paie est bonne1
– il semble que le salaire d’un débutant atteigne 50 000 dollars par an, avant impôts et cotisations sociales.

Trump avait déjà utilisé l’ICE lors de son premier mandat pour s’en prendre aux migrants qui tentaient de passer la frontière sud des États-Unis. Mais depuis bientôt un an, c’est à une chasse tous azimuts aux étrangers qu’il l’emploie. Les objectifs qu’il a fixés – 3 000 arrestations par jour – et l’impunité qu’il a promise ont pour effet un déferlement de violence. Pas moins de 32 personnes sont mortes en 2025 lors des descentes de l’ICE. Celle-ci sature un quartier de ses agents avant d’arrêter prétendument sur la base d’un « profilage », en réalité sur des critères racistes. Elle relâche d’ailleurs tous les jours des citoyens américains indûment coffrés.

… et une police très politique

L’ICE n’est pas l’outil d’une énième politique sécuritaire. Elle n’a pas pour but de rapporter à ses promoteurs les suffrages de la petite bourgeoisie rassurée de voir des flics patrouiller et traiter durement les délinquants, réels ou présumés. Elle est au contraire là pour terroriser la population dans son ensemble. Tout comme la garde nationale déployée cet été dans quelques grandes villes présentées par Trump comme gangrenées par le crime – au mépris d’une réalité attestée jusque dans toutes les statistiques disponibles… –, c’est la couleur politique des autorités locales qui détermine où l’ICE frappe : toujours dans les villes et les États démocrates. Plus les politiciens locaux récriminent, plus Trump les tourne en ridicule, ou les menace, ou le deux à la fois, pour le plus grand bonheur de ses partisans.

Qui arrêtera l’ICE et son patron ?

La tactique des Démocrates a pour le moment consisté à priver l’ICE du soutien des forces de police locales. Pas de quoi empêcher ses agents de déferler par milliers dans une ville pour y semer la terreur… Par le biais de leurs réseaux dans les associations de quartier, ils ont également soutenu les groupes militants qui se formaient l’été dernier pour fournir une assistance juridique aux étrangers menacés d’arrestation. Depuis le meurtre de Renee Good, ils promettent de multiplier les procédures judiciaires… dont on a surtout vu pour l’instant qu’elles n’empêchaient pas Trump de poursuivre ses provocations.

En fait, l’essentiel des efforts des Démocrates est accaparé par les prochaines élections, vers lesquelles ils s’efforcent de canaliser les protestations. Pendant ce temps, les crimes de l’ICE se poursuivent. À Minneapolis, alors même que le meurtre de Renee Good a braqué les projecteurs sur eux, des agents ont ainsi tenté d’arrêter un homme de 40 ans en percutant son véhicule avec le leur. C’est l’intervention des habitants du quartier et d’un groupe de militants qui passe son temps à filmer les opérations de l’ICE qui lui a permis d’être relâché2.

Une mobilisation qui monte

L’espoir vient plutôt de ce côté : l’organisation des habitants à la base, dans chaque quartier. À Minneapolis, nombre d’habitants ne se demandent plus si la personne ciblée par l’ICE a ou non des papiers : ils interviennent pour empêcher qu’il soit arraché à son travail, à son quartier et à ses enfants. Bon nombre d’entre eux n’ont jamais été militants, ou alors il y a si longtemps que cela pèse peu dans ce soudain engagement. C’est un sentiment de révolte unanime qui saisit des quartiers entiers, dans toutes les grandes villes où la police politique de Trump se déploie.

Le meurtre de Renee Good a fait dans ce contexte l’effet d’un détonateur. Le seul tort de cette mère de trois enfants, arrivée depuis peu à Minneapolis a été de protester de l’intérieur de sa voiture, contre l’arrestation qui avait lieu sous son nez. Prétendant qu’elle lui fonçait dessus alors que les vidéos prises ce jour-là prouvent toutes le contraire, les agents de l’ICE l’ont abattue. Laisser ce meurtre impuni, c’est exposer à la mort tous ceux qui entravent, même par les moyens les plus légaux, la chasse aux migrants. Aussi, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues des villes des États-Unis le week-end dernier. Ces manifestations font suite à celles de l’automne condamnant l’autoritarisme de Trump sous le slogan « No King ». Il est évident qu’il leur faut des suites.

Les travailleurs pourraient faire la différence

L’ICE ne sera pas réduite à l’impuissance ville par ville. C’est un mouvement à l’échelle du pays qui obligera Trump à retirer ses troupes de chaque quartier. C’est aussi une pression particulière venue du monde du travail qui pourrait l’y contraindre. Certains patrons ont laissé entendre qu’une chasse trop vigoureuse aux immigrés désorganise leurs entreprises ou leur branche d’activité. Mais, bien sûr, tant qu’ils empochent, sous forme de salaires comprimés, les dividendes de la crainte qui contraint les immigrés à raser les murs, ils n’émettront au mieux que des déclarations sans conséquences. Par contre, que les travailleurs dont les immigrés sont les collègues, les voisins, voire les proches, se mettent en grève, et la situation pourrait vite changer. Le 1er mai 2006, la participation massive de migrants latinos-américains à une grève (le 1er mai n’est pas férié aux États-Unis, c’est le 1er septembre qui fait office de « fête du travail ») et un boycott des achats avait pesé dans le combat contre une loi qui criminalisait l’accueil de migrants. Un précédent à méditer…

Mathieu Parant

1  « L’ICE, la police de l’immigration américaine, recrute 10 000 “agents de déportation” » Courrier International citant le Los Angeles Times, 13 septembre 2025.

2  Thomas Fuller et Jasmine Ulloa, « ‘Like a Military Occupation’: Clashes Rise With Federal Agents in Minneapolis », New York Times, 13 janvier 2026.