
Mardi 27 janvier, l’Union européenne (UE) a signé un traité de libre-échange avec l’Inde. Cette signature fait suite à la signature des accords avec des pays d’Amérique latine, ceux du Mercosur.
L’accord, présenté comme « historique » par les dirigeants de l’UE, est le résultat de négociations entamées en… 2007. Interrompues, puis reprises, celles-ci ont été accélérées par les coups de boutoir que Trump impose au commerce mondial.
Pour l’accord signé par l’UE avec les pays d’Amérique latine du Mercosur dix jours auparavant, les négociations avaient commencé en 2000, avant d’être interrompues et de reprendre en 2013. Leur signature est en attente d’une approbation du Parlement européen, qui a saisi la Cour de justice européenne pour que soient vérifiée la compatibilité de l’accord avec les textes qui régissent l’UE. Mais, là encore, la signature du traité résonne avec la politique de l’impérialisme américain.
Sanctionnés de droits de douane importants par les États-Unis, tous les autres pays industriels cherchent la parade. Cela fait écho à l’intervention du Premier ministre canadien au forum patronal de Davos qui avait appelé à une alliance des « puissances moyennes » face à la volonté hégémonique des États-Unis. Ce que le Canada a concrétisé en signant un accord commercial avec le grand concurrent des États-Unis, la Chine, suscitant l’ire de Trump contre son voisin du nord.
Pour l’instant, cette supposée alliance des puissances moyennes se traduit surtout par des accords signés avec les géants économiques autres que les États-Unis. Qui non seulement ont largement les moyens de répliquer, mais restent un marché incontournable pour les autres pays capitalistes. Et si, demain, une décision de justice, ou une autre administration, met un terme au discours arrogant de l’exécutif américain, le commerce international ne reviendra pas pour autant à la situation antérieure et les États-Unis sont en train d’imposer pour eux des avantages durables à leurs concurrents.
Dans le repartage du monde que l’impérialisme américain est en train de redessiner, les impérialismes de seconde zone, comme le Japon et les pays de l’UE, ne font guère que tenter de desserrer l’étau dans lequel les enferme le pays le plus puissant.
Jean-Jacques Franquier
L’accord avec l’Inde protège les agriculteurs… les plus gros !
Les dirigeants de l’UE ont tenu à insister sur le fait que l’accord signé avec l’Inde protégeait les agriculteurs européens en excluant de l’accord un certain nombre de produits. Il est intéressant de voir lesquels : « Les secteurs agricoles européens sensibles seront pleinement protégés, car les produits tels que la viande bovine, la viande de poulet, le riz et le sucre sont exclus de la libéralisation dans l’accord », dit le communiqué de presse de l’UE.
Mais ceux qui exportent la viande bovine ou celle de poulet sont des grosses entreprises d’élevage tenant bien plus de l’entreprise capitaliste que de la petite exploitation. Et la production de sucre est entièrement aux mains de l’industrie capitaliste, de la culture aux raffineries. La « protection » concerne donc les capitalistes de l’agriculture, mais le fait même de la mettre en avant montre la crainte des dirigeants de l’UE face aux mobilisations des petites mains du monde agricole.