
Depuis 2015, le POI – qui a conservé l’essentiel de l’appareil du courant « lambertiste » – a intégré la France insoumise et défend, en tout point ou presque, sa politique. Lors de ces élections municipales, Isaline Cornil s’est par exemple présentée à Toulon et a récolté 4 % des suffrages exprimés (2 242 voix). Seuls les lecteurs d’Informations ouvrières, le journal du POI, supposeront son identité politique derrière l’étiquette insoumise. Durant sa campagne, elle s’est opposée, par exemple, aux fermetures de classe dans les établissements scolaires et a dénoncé les budgets militaires… tout en s’affirmant en faveur d’une « police municipale de proximité non létale axée sur la tranquillité publique ».
Dépendant des calculs de la gauche plus que de la réalité de la lutte de classe, nos anciens camarades du NPA-A, après avoir œuvré en vain à l’unité de la gauche la plus large jusqu’au PS, appelaient pour leur part à voter « massivement pour les listes de la gauche radicale » autour du mot d’ordre « reprenons les communes ». À Moissac, le NPA-A a soutenu la liste « Fièr·e·s et Solidaires » qui va de Place publique au PCF pour faire 12 % (630 voix). À 20 kilomètres de là, les militants du NPA-A ont rallié la liste « Montauban de Gauche, écologiste et citoyenne » qui se fait sans le PS et avec Génération.s, PCF et LFI : 8,5 % (1 998 voix). En Bretagne, le NPA-A mène la liste « L’Union pour Kemper » en alliance avec LFI : 10 % (2 569 voix). tandis qu’à Montreuil, les militants du NPA-A se sont unis dès décembre à la liste « Vive Montreuil » du maire sortant PCF contre la liste LFI en lice. Militant syndical, François Mailloux est en 9e position sur une liste qui fait élire 45 conseillers municipaux dès le premier tour. À Arles ou à Pau, le NPA-A a soutenu l’union de la gauche sans LFI tandis qu’à Toulouse c’était l’inverse : maintenant que le second tour est là et les listes fusionnées dans de nombreuses villes, cela revient-il au même ? Seule exception, à Bordeaux, Philippe Poutou a pour sa part défendu une candidature d’extrême gauche indépendante, bien que son programme soit resté très flou : 5 %, et 5 152 voix… qui compteront plus que celles pour le PS ou LFI ?
Malgré ces tactiques de premier tour plus que variables, le ralliement à LFI a été majoritaire au sein des 41 listes soutenues par le NPA-A (qui a fait l’impasse sur Lyon ou Paris). Puissante, volontaire, démocratique, fière, écologiste, populaire, citoyenne, habitante ou encore solidaire mais « insoumises » ou « union de la gauche », laquelle de ces listes a, ne serait-ce que tenté durant la campagne d’exprimer d’une quelconque manière les intérêts propres de la classe ouvrière ? Et quelle politique va désormais être menée dans les mairies par ces alliances de gauche institutionnelle qui sont dans une attitude purement gestionnaire ?
Surtout, si défendre un programme de lutte, voire simplement apparaître différemment de la gauche semble impossible dans les élections, comment envisager de défendre une quelconque politique de classe autonome dans les luttes… sans même parler des perspectives révolutionnaires plus que jamais nécessaires ?
Chris Miclos