Sébastien Lecornu a signé deux décrets pour réformer l’aide médicale d’État (AME). Dans l’idéal, l’AME permet la prise en charge médicale des personnes sans papiers et à faibles revenus qui, sinon, n’auraient aucun accès aux soins. Mais déjà, on estime que la moitié des malades qui pourraient en bénéficier n’y souscrivent pas en raison de tracasseries administratives ou tout simplement par ignorance de son existence. Désormais, le gouvernement ajoute deux nouvelles restrictions.
Premièrement, il faudra que les demandeurs puissent fournir des documents officiels comportant une photo. Rien de plus simple, n’est-ce pas, quand on a risqué sa vie à travers la Méditerranée dans les mains des passeurs et qu’on est poursuivi dans son propre pays ! Cette seule mesure exclura un tiers des personnes concernées d’après Médecins du monde. Le deuxième décret autorise les administrations, donc la police, à accéder aux données personnelles. On comprend bien que beaucoup de sans-papiers tentant de régulariser leur situation s’abstiendront.
Pour le gouvernement, il s’agirait officiellement de « renforcer la lutte contre la fraude », alors que le recours à l’AME ne concerne que 0,47 % des dépenses de santé. En réalité, il s’agit de désigner les migrants et leurs familles comme des fraudeurs potentiels, de s’inscrire dans la droite ligne des campagnes anti-migrants et de courir derrière l’extrême droite.
19 février 2026, Michel Grandry