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Après les balles du régime, les travailleurs d’Iran désormais menacés par les bombes américaines

Alors que les communications se rétablissent avec l’Iran, le monde entier prend conscience de l’ampleur de la répression organisée par la République islamique, qui a massacré au moins 12 000 personnes (jusqu’à 30 000) entre le 7 et 8 janvier. Désormais, c’est une menace d’intervention militaire américaine qui plane sur la population meurtrie, alors que Trump montre les muscles pour obtenir des concessions du régime iranien affaibli.

Une répression qui n’enterre pas la crise du régime

Sur fond de crise économique, cela fait plusieurs années que l’Iran vit une montée en puissance des luttes ouvrières et populaires (2019 contre le coût de la vie, 2022 pour les droits des femmes), qui favorise l’émergence de centaines de militants ouvriers clandestins. Depuis la « guerre des douze jours » en juin dernier, plus de 70 grèves et rassemblements ont éclaté contre l’inflation, la pollution ou les pénuries d’eau et électricité.

En janvier, la mobilisation contre la vie chère s’est étendue aux classes populaires, avec des centaines de milliers de manifestants dans plus de 240 villes. L’absence d’un pôle ouvrier constitué a permis aux monarchistes d’influencer plus largement le mouvement que les années précédentes. Le régime a choisi la répression pour se maintenir, coupant Internet et envoyant ses militaires et forces de sécurité tirer à la mitrailleuse lourde sur la population, persécutant celles et ceux qui trouvaient refuge dans les hôpitaux.

La menace d’une intervention américaine

Les États-Unis et Israël ont appuyé en paroles la contestation, mais ont patiemment attendu que le régime écrase la mobilisation populaire, laissant le fils du chah comme seule prétendue perspective politique au mouvement. Car « l’aide » promise par Trump aux manifestants n’est jamais venue et ne viendra jamais. L’impérialisme américain aimerait bien faire partir Khamenei et remodeler l’appareil d’État iranien pour en faire un régime soumis, mais pas question pour lui de soutenir une potentielle révolution.

Maintenant que les manifestations ont été écrasées, Trump, qui a amassé toute une armada en mer Rouge, menace le régime iranien, afin d’obtenir des concessions sur le nucléaire ou sur le soutien à des groupes déstabilisant l’ordre impérialiste (Hezbollah, milices chiites en Irak, Houthis…). Quant à l’Europe, elle vient de placer in extremis les Gardiens de la révolution (la milice sanguinaire du régime qui contrôle un tiers de l’économie du pays) sur la liste des organisations terroristes : une manière de donner son feu vert à une éventuelle intervention militaire américaine.

Le régime iranien semble prêt à négocier : le président Pezechkian vient de « l’ordonner » à ses diplomates. Il en a besoin, alors que la crise économique – et avec elle, les germes de la contestation sociale – continue de s’approfondir. Mais, si des négociations entre l’Iran et les États-Unis sont prévues pour vendredi 6 février à Istanbul, rien n’exclut que les pressions pour obtenir des concessions se fassent aussi à coup de bombardements américains, comme ceux de juin dernier, et de nouvelles victimes dans la population iranienne.

Stefan Ino