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Après les municipales, « la stratégie de la cravate » du RN resserre son nœud coulant

À Carcassonne, le premier décret du nouveau maire RN est l’interdiction de la mendicité dans la ville… Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris : le RN ne lutte pas contre la misère, il criminalise les pauvres ! Pourtant les élections municipales ont permis au RN et à ses alliés (essentiellement l’UDR de Ciotti) de prendre la tête de plus de 70 communes, dont 57 de plus de 3 500 habitants, pour un total de 1,62 million d’habitants. Le RN a conservé toutes les mairies qu’il administrait depuis 2020 et dans celles-ci, la tendance est à l’amplification de ses scores. Dans le Pas-de-Calais autour d’Hénin-Beaumont, les mairies nouvellement gagnées le sont par des militants du RN mis en couveuse dans des postes administratifs ou de « chargé de communication » dans la commune « mère » dirigée par Steve Briois, gagnée dès 2014 suite au naufrage électoral du PS dans le pays minier. Une fois mis son pied dans la porte, il suffit au RN de mettre des patins pour peupler le reste des maisons communales du secteur. Au total, ce sont désormais 151 000 habitantes et habitants du Pas-de-Calais qui sont dirigés par un maire RN dans un département qui compte également dix députés d’extrême droite sur douze. Voilà un visage « respectable » et efficace, une vitrine idéale, décorée par Marine Le Pen et que Bardella lèche tout naturellement.

Le RN avec l’UDR progresse aussi en nombre de conseillers municipaux, avec 3 121 sièges obtenus lors de ces élections (contre 827 aux municipales de 2020). D’autres formations d’extrême droite cumulent 306 élus, auxquels il faut ajouter une palanquée d’élus « sans étiquette » dans de nombreuses petites communes mais dont l’appartenance à l’extrême droite est évidente au vu de leurs positionnements présents ou passés. Cela promet d’ores et déjà au RN d’augmenter son nombre de sénateurs lors de son prochain renouvellement par moitié en septembre prochain, et sans doute de pouvoir constituer un groupe parlementaire au sein de celle-ci. En effet, avec au moins dix sénateurs, il est possible de constituer un groupe, avec toute la manne financière qui en découle, avec cette volonté du RN d’accentuer encore son intégration dans les institutions parlementaires bourgeoises… dans l’optique de la présidentielle de 2027. En attendant, le RN vise la tête de « communautés de communes », notamment celles de Perpignan (66) et de Beaucaire (30). Un paradoxe pour le RN qui a toujours fustigé cet échelon administratif comme « une entrave à la liberté communale » mais qui finalement, comme tout bon parti bourgeois, s’empresse de gérer ces structures dotées de larges compétences en termes de marchés offerts aux capitalistes en matière de transports, de logement, de travaux publics, etc. Autant Bardella s’est empressé au soir du deuxième tour de claironner sur « la percée historique » du RN, autant l’appareil du RN reste discret sur les intenses négociations qui ont lieu depuis avec le reste des maires de droite de ces deux zones géographiques. L’union des droites chapeautée par le RN aurait-elle besoin encore un peu de pénombre avant qu’elle puisse éclater au grand jour pour 2027 ?

30 mars 2026. Marie Darouen