Les 10 et 11 septembre, plus de 500 salariés des dépôts de bus d’Ivry, de Vitry, de Villeneuve-le-Roi et du tramway T9 se sont mis en grève suite aux attaques contre leurs conditions de travail de leur nouvelle direction, Keolis. Retards de paie, changements de planning à la dernière minute, non-respect des temps de pause, instauration d’une « prime de mobilisation », dégressive à la moindre absence, y compris pour accident du travail ou grève : tout y est pour que la colère grandisse rapidement face à l’attitude de la nouvelle direction de « l’allotissement » no 47 cédé par la RATP à une filiale de Keolis le 1er août dernier dans le cadre de l’ouverture à la concurrence des bus parisiens1. Au total, 11 des 29 lignes des dépôts d’Ivry et de Vitry n’ont pas circulé, les autres ont été très perturbées par les plus de 500 grévistes sur 900 salariés devant travailler.

L’odeur de la grève… ça sent bon la riposte !

Dès 4 heures 30, une centaine de grévistes tiennent un piquet devant le dépôt d’Ivry. Les travailleurs ont mis en échec la tentative de la direction d’étouffer la colère en contestant le préavis de grève et en menaçant de sanctionner les grévistes. Certains travailleurs se déclarent même grévistes en arrivant au dépôt et en voyant le nombre de collègues mobilisés. Dans les discussions, les travailleurs de la conduite, de la maintenance et du contrôle, se retrouvent sur une idée : ne pas se laisser marcher dessus par le nouveau patron. Celui-ci est arrivé et veut imposer ses conditions de travail en guise de bienvenue ? Mais les travailleurs eux ne découvrent pas les lignes et les dépôts, ils sont ici souvent depuis des années et c’est eux qui font tout tourner !

S’ensuit une assemblée générale où les salariés expriment leur colère et votent les revendications qu’ils veulent mettre en avant : contre les trois jours de carence imposés aux travailleurs des dépôts, pour des « services à plat » (c’est-à-dire la possibilité de choisir d’être de matinée, de soirée ou en horaires variables) et pour la suppression des critères d’absentéisme sur la prime de mobilisation.

Les équipes d’Ivry manifestent ensuite en direction du dépôt de Vitry, un défilé remarqué par les habitants de ces banlieues populaires. Ils y sont accueillis chaleureusement par leurs collègues des autres sites de Keolis Grand Paris Seine Orly (KGPSO). C’est l’occasion de se rencontrer et de mettre sur la table les revendications et expériences communes. Ils se retrouveront également le lendemain dans cette même ambiance animée par la volonté de ne pas se laisser faire et de montrer de quoi sont capables les travailleurs en colère.

Qui dresse qui ?

La direction tente de faire sa propre loi en surfant sur le fait qu’avec le transfert d’une entreprise à l’autre, les organisations syndicales et donc les représentants syndicaux perdent leurs mandats jusqu’à la mise en place d’élections… Depuis le 1er août, elle a multiplié les coups de pression : affichage qui déclarait le préavis de grève irrégulier et menaçait de sanction les futurs grévistes, pointage de la grève en absence irrégulière, interdiction illégale pour les grévistes de se retrouver dans le dépôt pour y faire leur assemblée générale, intimidations contre les militants syndicaux, dont notre camarade Selma Labib. La liste est longue, mais elle n’a pas découragé les salariés, bien au contraire, à se mettre en grève ! La nouvelle direction tente de mettre au pas les travailleurs avec des provocations pour la plupart illégales. Le patron a voulu montrer qu’il faisait sa loi… Mais cette grève majoritaire lui rappelle que ce n’est pas lui qui fait rouler les bus.

Combattre les divisions, construire des luttes2

Au sein de la nouvelle entreprise KGPSO, tous les travailleurs ne sont pas logés à la même enseigne. Ceux du tramway et du dépôt de bus de Villeneuve-le-Roi ont sept jours de congés en moins et 12 minutes quotidiennes de travail en plus comparé à leurs collègues des dépôts d’Ivry et de Vitry, anciennement RATP. C’est le résultat de la filialisation des bus de région parisienne, cette « ouverture à la concurrence » qui donne aux grands groupes de transports, RATP, Transdev et Keolis (filiale de la SNCF) un cadre légal pour organiser la concurrence entre salariés.

Ce dumping social a commencé depuis des années au sein même de la RATP. L’année 2023 a été inaugurée par le vol de six jours de congés par an. Maigre compensation, une « augmentation » des salaires de 300 euros (qui était en fait surtout la conversion de certaines primes), réservée aux anciens et refusée aux nouveaux embauchés. Ceux-ci, avec le soutien de leurs collègues plus âgés, s’étaient mobilisés pour les récupérer. Pour l’unité des travailleurs dans la lutte, pour aller gagner de nouveaux droits : à travail égal, salaires et conditions de travail égales3 !

Alors oui, les attaques et les divisions n’ont pas commencé au 1er août, et le nom du patron qui les mène n’a que peu d’importance tant ce sont les mêmes logiques dans tout le transport : diviser les travailleurs, attaquer les conditions de travail et baisser les salaires. Les travailleurs ont tout intérêt à combattre ces tentatives de divisions et à lutter côte à côte quel que soit leur patron, comme l’ont exprimé sur le piquet de grève les travailleurs d’autres dépôts et d’autres entreprises de bus de Montrouge, Lagny, Thiais, Fontenay-aux-Roses ou Bords de Marne déjà transférés dans une filiale ou en passe de l’être. Preuve que ces travailleurs qui avaient lutté ensemble en 2019 contre la réforme des retraites, ne sont pas condamnés à des luttes isolées chacun dans son dépôt, chacun dans sa filiale !

Correspondants

 

 

1 Privatisation des bus RATP : Keolis provoque, les salariés ripostent — NPA Révolutionnaires

2 Une vidéo de Selma Labib pour tout comprendre sur la filialisation : Filialisation de la RATP, combattre les reculs sociaux ! Avec Selma Labib, candidate du NPA-Révolutionnaires — NPA Révolutionnaires

3 Retrouve nos articles sur cette grève en 2024 : RATP : 300 euros ! — NPA Révolutionnaires et RATP : pour les 300 euros, on s’organise à la base — NPA Révolutionnaires