Alors que des travailleurs vivaient ou travaillaient dans des zones évacuées en raison des incendies, le patronat a surtout cherché à maintenir l’activité au mépris du danger. L’État, à travers la préfecture de Gironde, s’est quant à lui illustré dans son rôle de larbin des grandes entreprises, notamment par l’autorisation de maintenir ouverts certains sites, comme ID Logistics ou Lidl à Cestas. En contradiction totale avec la consigne officielle de libérer les voies d’accès pour la circulation des pompiers.

Certaines entreprises ont choisi d’amputer les salaires de ceux qui ne pouvaient pas venir travailler, sans aucune mesure de chômage même partiel. D’autres, comme La Poste, annoncent maintenant vouloir faire rattraper les jours où l’activité était interrompue. À la Plateforme industrielle du courrier de Cestas, la direction voudrait imposer 35 heures supplémentaires non payées, qui pourront être exigées à n’importe quel moment de l’année.

Pour les salariés qui ont dû évacuer leur domicile, souvent dans la précipitation, aucune mesure n’a été prise : à Keolis, des conducteurs évacués et sans nouvelles ont dû se rendre au travail après une nuit dans leur voiture. La direction a cherché à retirer des jours de congés aux collègues absents, y compris aux pompiers volontaires de l’entreprise, engagés dans l’incendie… avant de rétrograder, mais seulement pour les pompiers volontaires.

À Bordeaux, les entreprises de livraison et de collecte à vélo (Triporteurs bordelais, DHL, Elise, etc.) ont continué à tourner sans allègement du temps de travail, ni mesure de protection malgré les consignes des autorités sanitaires ou de la mairie, qui préconisaient d’éviter de faire de l’exercice physique et de porter le masque en extérieur pour limiter l’exposition aux fumées. Les salariés ont été contraints de faire… tout l’inverse, charriant jusqu’à 750 kilos de colis avec leur vélo, à des cadences qui ne permettaient pas, de toute façon, de porter le masque. Des livraisons qui, pour la plupart, auraient pu être différées.

Les incendies ont rappelé à beaucoup l’épidémie de Covid. Il n’y avait pas, ou peu, de protocoles d’urgence. Cette fois encore, les travailleurs n’ont pu compter que sur eux-mêmes pour se fournir en masques, là où c’était possible. Mais pour le patronat, si les profits roulent, alors tout roule. Pour se défendre, ce sont les travailleurs qui devront appliquer les mesures d’urgence qui s’imposent.

Fred Bailhau