
Le 3 septembre 2026, la direction du groupe Volkswagen a annoncé un accord avec le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall pour une nouvelle restructuration : 50 000 emplois supplémentaires supprimés, ce qui montera le chiffre à 100 000 après les annonces déjà entérinées de fin 2024. Cinq milliards d’euros d’économie annuelle sur le dos des salariés mis à la porte, un objectif de 9 % de rentabilité pour 2030 (contre « seulement » 2,8 en 2025). L’action en bourse a immédiatement monté de 8 % ! Les actionnaires qui n’avaient eu à se partager « que » 7 milliards d’euros en 2025 (les pauvres !), après 18 milliards en 2023, y prévoient donc une belle remontée de leurs dividendes !
L’accord célébré comme « historique » a étonné les commentateurs, jusqu’à la direction elle-même. « Chez Volkswagen, la violente confrontation qui était attendue autour du plan historique de réduction des coûts n’a finalement pas eu lieu », constate le journal Le Monde. Le syndicat IG Metall se justifie en disant avoir évité le démantèlement du groupe, ce qui aurait permis de contourner la « loi Volkswagen » qui garantit depuis 60 ans la co-gouvernance du groupe avec le comité de salariés (le « Betriebsrat » tenu par IG Metall) et la région (le Land de Basse-Saxe dirigé par le Parti social-démocrate, SPD) qui détient une minorité de blocage avec ses 20 % dans la participation au capital… Content le syndicat ? À quel prix pour les travailleurs ?
Un accord pour vider les sites… sans garantir de ne pas les fermer !
En effet, la direction de VW se propose de vider les sites allemands (en prétendues « surcapacités de production de 500 000 véhicules en Europe »), en échange du projet hypothétique… qu’« aucune usine ne soit fermée » ! Ça rassure la ministre du Travail sociale-démocrate (SPD) Bärbel Bas : « Ce sont des sites ultramodernes et les salariés ont le droit à ce qu’ils soient préservés et qu’il n’y ait pas non plus de licenciements économiques. » Aucune garantie sur les conditions des départs prétendus « volontaires », mais le syndicat IG Metal se réjouit lui aussi, bien que la pérennité des sites VW de Emden et Hanovre (Basse-Saxe), Zwickau (Saxe) et Neckarsulm (Bade-Wurtemberg), menacés depuis 2024, reste encore à « négocier ». Seule chose sûre, « aucune utilisation compétitive n’est garantie entre 2031 et 2034 » pour ces sites en concurrence accrue.
Du reste, il a été convenu que d’« autres possibilités d’utilisation » seraient étudiées. Soit pour y faire fabriquer des voitures chinoises (comme en France et dans plusieurs pays d’Europe), soit pour sous-traiter à l’armement. La direction de VW annonce d’ailleurs, lundi 7 septembre, la vente de son usine d’Osnabrück (Basse-Saxe) au fonds israélien Aurelius. Sur les 1 800 emplois du site, 400 seront supprimés ; les 1 400 restants produiront des systèmes de défense pour l’Allemagne et l’Europe mais aussi pour le Dôme de fer d’Israël et sa mission civilisatrice. De quoi gêner même le Qatar, qui détient 17 % des droits de vote de Volkswagen (10,4 % du capital, ce qui en fait le troisième actionnaire). Là encore, c’est le ministre de la Défense, Boris Pistorius, du Parti social-démocrate (SPD) et ancien maire d’Osnabrück, qui est à la manœuvre, alors même que le soutien à Israël fait à juste titre polémique au sein de son propre parti.
Défaite sans combat et triomphe de l’extrême droite ?
Il y a deux ans, jour pour jour, IG Metal, multipliant formules et « radicalisme » de façade, avait appelé à la grève à Volkswagen : près de 100 000 ouvriers avaient suivi. Le 4 septembre 2024, 16 000 salariés réclamaient la démission de la direction à l’occasion de l’assemblée générale du groupe à Wolfsburg.
Une telle force aurait été capable de peser sur tout le pays et d’entraîner les ouvriers des sous-traitants comme Bosch, Continental et bien d’autres qui annonçaient eux aussi des milliers de suppressions d’emplois. De quoi faire remballer ce massacre d’emplois à la direction de VW ou au moins lui imposer un tout autre « compromis » ! Mais ce n’est pas ce que veulent IG Metall ni le Parti social-démocrate (au gouvernement de coalition), cramponnés aux solutions patronales, dites « industrielles ».
Ce sont des décennies de renoncements, non seulement de ce qu’on appelle « la gauche », mais aussi des syndicats, qui ont fait les choux-gras de l’extrême droite de l’AfD qui n’a cessé ces dernières années de conspuer aussi bien la voiture électrique que les Chinois, qui veulent en dominer le marché, ou les immigrés qui seraient cause du chômage. En Saxe-Anhalt, l’AfD vient d’obtenir le score historique de 43 % des voix. Certes, aucun site menacé de Volkswagen ne s’y trouve. Mais la Saxe-Anhalt est juste à la limite de la Basse-Saxe, fief de Volkswagen, et regroupe pas moins de 100 équipementiers et sous-traitants intégrés à sa chaîne d’approvisionnement, organisés en réseau pour standardiser et optimiser la livraison « juste-à-temps » vers les chaînes de montage.
Alors que les 100 000 postes supprimés à VW en menacent plus du triple chez les sous-traitants, on imagine combien une lutte coordonnée des ouvriers de Volkswagen et d’ailleurs pourrait faire reculer non seulement la direction du groupe automobile mais aussi l’extrême droite à sa solde !
Léo Baserli