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Chili : Kast, partisan de Pinochet, au pouvoir

Trente-six ans après la fin de la dictature de Pinochet, l’extrême-droite est de retour au Chili. José Antonio Kast a été investi président le 11 mars, lui qui a grandi dans une famille actrice des horreurs de la dictature : miliciens, flics et même ministres. Après avoir combattu avec l’Allemagne nazie, son père a migré au Chili et a ouvert des entreprises. Nombre de ses neuf enfants font partie des tortionnaires qui n’ont jamais été jugés et côtoient encore les familles de victimes. Benjamin de la fratrie, José Antonio Kast revendique cet héritage en nommant d’anciens avocats de Pinochet et une militante anti-IVG (alors que l’avortement reste largement illégal) ministres de son gouvernement et veut gracier la dizaine de policiers condamnés pour la répression sanguinaire des manifestations de 2019, où la police a fait au moins 30 morts.

Kast a déjà signé, le 12 mars, un accord d’exploitation des ressources avec les États-Unis pour le cuivre, le lithium et autres terres rares dont regorgent les sols chiliens. L’impérialisme américain ne l’avait certes pas attendu pour piller ces minerais, largement exploités sous l’ère Boric… comme sous ses prédécesseurs.

Kast compte expulser 300 000 migrants, à l’aide d’une milice sur le modèle de l’ICE. Son prédécesseur, Gabriel Boric, ayant promis des régularisations massives, 180 000 travailleurs sans papiers avaient été incités à se signaler. Si le président « de gauche » n’a pas tenu ses promesses, il sert une liste toute prête à l’extrême droite, qui, elle, compte bien respecter les siennes.
On aurait pu espérer que les travailleurs chiliens, à la suite de la révolte sociale de 2019 contre trente ans d’ultra-libéralisme depuis la fin de la dictature, imposent une tout autre évolution. Mais les partis censés représenter la classe ouvrière ont conduit à l’impasse institutionnelle d’une nouvelle Constitution (rejetée) pour en finir avec celle de Pinochet : cela, joint à la politique de Boric, a éteint la mobilisation populaire.

Boric aura pour bilan d’avoir libéralisé l’extractivisme en Patagonie, militarisé la répression des peuples mapuche et offert un permis de tuer à la police avec la loi de présomption d’innocence pour les flics, dite « loi de la gâchette facile ». En l’absence de perspectives ouvertes sur des bases de classe, la désillusion des travailleurs pave toujours le chemin de l’extrême droite.

16 mars 2026, Lamine Siout