
Comme on les enferme : Dans les centres de rétention, de Paris à Lampedusa, de Louise Tassin
La Découverte, 2026, 288 p., 22 €
L’autrice, sociologue de formation, a réalisé lors de sa thèse de nombreux entretiens dans des centres de rétention administratives où les États détiennent des migrants. L’intérêt principal du livre est de souligner le poids prépondérant des entreprises dans ces centres, et le choix des gouvernements de sous-traiter de plus en plus au privé. Les salariés de ces entreprises sont dans une situation paradoxale : sous-payés et souvent issus eux-mêmes de l’immigration, ils deviennent les garde-chiourmes de migrants encore plus démunis qu’eux. Si l’autrice parle longuement de la France, les moments les plus saisissants du livre concernent Lampedusa (Italie) et Lesbos (Grèce). Elle y dénonce implacablement les politiques criminelles de l’Union européenne contre les migrants. Le livre se clôt sur une anecdote mémorable : un haut gradé confie à l’autrice : « Je ne sais pas […] ce qu’il faudrait, c’est supprimer les CRA [centres de rétention administrative] […] régulariser tout le monde. Mais ça ce n’est pas rationnel. » Le capitalisme a ses raisons que la raison ignore !
Robin Klimt