L’intervention américaine au Venezuela a donné lieu à des couacs à la tête de l’État français. D’un côté, un ministre des Affaires étrangères, Barrot, s’indignant de la violation du droit international. De l’autre, un président de la République applaudissant à la fin d’une dictature, même par la capture brutale de son chef par celui d’un État voisin ! La réaction première de Macron, même si un léger infléchissement a suivi, a été bien significative. Marquée par l’alignement total sur la politique de Trump, sur le plus fort et surtout sur sa loi du plus fort, que Macron (tout président de seconde zone qu’il soit) applique lui-même allégrement contre les peuples ex-colonisés ou les travailleurs. Alignement aussi devant les appétits impérialistes que Macron et les siens nourrissent pour leur part : qui sait si TotalEnergies, qui a dû abandonner son exploitation du pétrole vénézuélien en 2021, ne pourrait pas y retrouver ses profits perdus ?
Mais notons que Macron, tout en s’affichant comme le caniche de son maître Trump, aboyant comme lui pour revendiquer que la force des puissants prime sur le droit des peuples ou un quelconque droit international généralement bafoué par les dirigeants impérialistes occidentaux, s’est quelque peu arcbouté quand Trump a lâché qu’il visait aussi la mainmise sur le Groenland. Pas touche à cette vaste terre arctique censée appartenir à l’Europe, pour la défense de laquelle Macron se fait le champion !
C’est que dans la jungle actuelle des rivalités impérialistes de plus en plus agressives et y compris guerrières, pour des marchés et des matières premières, Macron tente de saisir l’occasion de renforcer la France et l’Union européenne, et surtout le prétexte à durcir sa politique militariste et anti-sociale contre les classes populaires. Derrière le ridicule de ce président qui tout en gesticulant s’écrase devant Trump, il y a l’intensification de la guerre de classe, de même que les guerres qui se mènent ou menacent entre États.
Rappelons que la fin de l’année 2025 a été marquée par ces menaçants propos d’un général de Macron, qu’il allait falloir peut-être « perdre ses enfants » dans on ne sait trop quelle guerre, au nom de la défense de « l’État de droit », de la « démocratie » ou des « droits de l’homme ». Et d’instaurer un nouveau service militaire, en aguichant les jeunes des classes populaires par un peu de pognon mais pour des guerres, à terme, et la défense d’intérêts capitalistes français – comme les États-Unis, la Chine ou la Russie défendent les leurs par la même force brutale dont les États s’arrogent le monopole.
Face au rapt de Maduro par Trump, l’extrême droite avance divisée. Le Pen pleurniche sur la souveraineté d’un État bafouée, Ciotti applaudit au coup de force de Trump et Bardella tente de ménager les deux, champion de l’union des droites ! En Italie ou en Hongrie, l’extrême droite au pouvoir a validé le coup de force américain, Orbán soulignant que c’était « bon pour les marchés de l’énergie ».
À gauche, le Parti communiste, le Parti socialiste, la FI et Mélenchon qui s’est fait le plus fortement entendre sur la question, ont dénoncé le coup de force de Trump. En écho à l’émotion et l’indignation dans le milieu populaire, au-delà des milieux syndicaux et politiques de gauche et d’extrême gauche. Mais la gauche institutionnelle s’indigne surtout au nom de la souveraineté et du droit international, voire des prétendues valeurs de la France (France impérialiste qui traîne pourtant un passé encore présent de violences et coups tordus contre les peuples). Ce qui amène le PCF ou Mélenchon à placer la discussion sur le terrain exclusif de la libération de Maduro et de sa réinstallation au pouvoir en tant que président légitime, ainsi que sur celui d’un bon vieil anti-américanisme primaire…
Dans les entreprises et les quartiers populaires, dans les lycées et les facs, il faut que les travailleurs et les jeunes, à juste titre secoués et révoltés par le rapt de Maduro, discutent de la situation nouvelle, se mobilisent et s’organisent. Nous serons à l’origine et à la rescousse de toutes les initiatives – dont des manifestations – de dénonciation de ce nouvel acte de grand banditisme impérialiste, à peine critiqué dans les milieux de la bourgeoisie, mal critiqué par la gauche institutionnelle, et qui mérite un sursaut et une politique de classe.
Michelle Verdier