Nos vies valent plus que leurs profits

Dans le Matin d’Algérie — Municipales à Marseille : la liste Ouvrière et Révolutionnaire 2ᵉ et 3ᵉ arrondissements s’exprime

Ci-dessous, une interview du Matin d’Algérie

 

 

23 Fév 2026, Djamal Guettala

Juliette Coleou et Raphaël Duraffourg de Marseille Ouvrière et Révolutionnaire se présentent avec leur liste aux 2ᵉ et 3ᵉ arrondissements de Marseille. « C’est nous, les travailleurs et travailleuses, qui produisons toutes les richesses, alors c’est à nous de décider de tout », affirment-ils fièrement.

Dans les 2ᵉ et 3ᵉ arrondissements de Marseille, le quotidien des habitants est marqué par le chômage, les bas salaires, la précarité, les logements insalubres et des transports inefficaces. Pendant ce temps, les profits des grandes entreprises et des milliardaires continuent de croître.

Marseille Ouvrière et Révolutionnaire portée par Juliette Coleou, vendeuse et tête de liste, et Raphaël Duraffourg, comptable, propose de remettre les décisions entre les mains de celles et ceux qui produisent réellement les richesses, en faisant de la solidarité et de l’action populaire le cœur de la politique locale.

Dans cet entretien avec le Matin d’Algérie, Juliette Coleou et Raphaël Duraffourg répondent sans détour à dix questions sur leurs propositions concrètes et leur vision pour les quartiers populaires.

Le Matin d’Algérie : Marseille est souvent qualifiée de ville abandonnée par ses élus. Que propose concrètement votre liste pour que les quartiers populaires du 2e secteur ne restent pas à la marge ?

Juliette Coleou : Nous combattons pour que les classes populaires décident elles-mêmes de leurs affaires. Ce qui serait nécessaire c’est de trouver un moyen pour que les préoccupations des habitants et habitantes des quartiers du secteur puissent s’exprimer collectivement. Cela pourrait prendre la forme de comités de quartier élus, d’assemblées populaires régulières, qui formaliseraient et étendraient des réseaux de solidarité qui existent déjà.

Raphaël Duraffourg :
Bien sûr, pour répondre à nos préoccupations sur le logement, les prix, la propreté, les transports etc, il faudrait des moyens : il faudrait aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire dans les caisses du patronat. Et localement, dans celles bien remplies de la CMA-CGM !

Le Matin d’Algérie : Votre slogan promet que « les travailleurs et les travailleuses décident de tout ». Comment comptez-vous mettre fin à ce que vous décrivez comme la mainmise des grandes entreprises sur la ville ?

Juliette Coleou : Mettre fin à la mainmise des grandes entreprises nécessitera un combat d’une tout autre envergure qu’une élection dans un secteur de Marseille. Ceux pour qui la société est organisée, en réalité, ce sont les patrons des grandes entreprises. Et quelles que soient les élections, que ce soient les municipales, les régionales, les législatives ou les présidentielles, leur pouvoir n’est jamais remis en cause. Peu importe qui gagne les élections, ce sont toujours eux qui décident parce que ce sont eux qui ont l’argent.

Raphaël Duraffourg :
La seule chose qui pourrait réellement remettre en cause la mainmise du grand patronat sur l’organisation de la société et sur nos vies, ce serait que ceux et celles qui produisent toutes les richesses se battent et s’organisent pour enfin décider de comment en profiter. Regardez, un exemple récent : les dockers de Gênes ont pu décider de ne plus charger d’armes à destination d’Israël, malgré les volontés des patrons de l’armement.

Le Matin d’Algérie : Les jeunes et les précaires sont de plus en plus désabusés par la politique. Comment allez-vous convaincre ces populations de voter et de s’engager ?

Raphaël Duraffourg : D’abord, on comprend assez facilement que les jeunes et les moins jeunes des classes populaires puissent être désabusés par les élections. On nous demande de voter une fois de temps en temps et de laisser « les spécialistes de la politique » gérer les affaires entre temps. La réalité, c’est que la droite et la gauche mènent les mêmes politiques d’austérité et d’attaque contre les classes populaires. Et on voit que ça n’améliore pas nos conditions de vies. Dans le 3e arrondissement, 52 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et ce depuis des années !

Pourtant, on a tous un point de vue sur le salaire qui serait nécessaire pour vivre correctement, les transports dont nous avons besoin, ou comment améliorer l’école de nos enfants. Mais personne ne nous demande jamais de choisir sur ces sujets-là. Pour nous, c’est ça faire de la politique. Si nous étions élus, nous mettrions en place des structures de consultation systématique et de décision de la population sur tous les problèmes qui font leur vie quotidienne.

Le Matin d’Algérie : Les loyers flambent, les emplois se précarisent. Quelles mesures immédiates votre liste prendrait-elle pour protéger les habitants les plus vulnérables ?

Juliette Coleou : Déjà, ce qu’il faudrait, c’est une augmentation générale des salaires et de toutes les pensions (retraites, chômage, AAH, RSA…) ! Une mairie de secteur n’a pas la main là-dessus, mais nous pourrions mettre en place ou renforcer des liens de solidarité, des réseaux prêts à intervenir pour empêcher des expulsions, des coupures d’eau ou d’électricité, pour que tous volent au secours de chacun.

Raphaël Duraffourg :
Sur la question de la vétusté des logements, contre les logements vides, pour dénoncer les bailleurs défaillants, les propriétaires véreux ou les marchands de sommeil, il existe déjà des collectifs qui s’organisent, qui se battent. Nous serions à leurs côtés et serions le porte-voix de ces combats. Des élus révolutionnaires seraient utiles pour les aider à se coordonner.

Le Matin d’Algérie : Vous vous réclamez du communisme et de l’internationalisme. Cela signifie-t-il que vous êtes prêts à affronter ouvertement les élus traditionnels et les forces économiques locales ?

Raphaël Duraffourg : Bien sûr ! Mais pas tout seuls ! Nous ne sommes pas des super-héros : l’important est le nombre, et notre rôle serait d’utiliser nos positions d’élus pour contribuer à ce que les travailleurs s’organisent eux-mêmes.

Le Matin d’Algérie : À Marseille, le clientélisme et les réseaux influents restent puissants. Comment comptez-vous briser ces logiques dans votre secteur ?

Juliette Coleou : Sous la droite de Gaudin comme sous la gauche de Payan comme de Deferre avant lui, les réseaux clientélistes sont le résultat ou le symptôme de la défaillance de leur politique.

De fait, la misère et le chômage progressent dans de nombreux quartiers, les services publics se raréfient, les déserts médicaux s’étendent. C’est d’ailleurs sur ce terreau que fleurissent les réseaux et les trafics.

Reprendre nos affaires en main, et arracher la part des richesses qui nous est due, c’est le meilleur moyen pour faire reculer toutes ces pratiques.

Le Matin d’Algérie : Dans les Bouches-du-Rhône, vous avez déjà été candidat aux législatives. Qu’avez-vous appris de cette expérience et comment cela influence votre stratégie pour les municipales ?

Juliette Coleou : Nous nous sommes présentés aux élections législatives pour porter une autre voix que celle des politiciens qui ne s’intéressent aux classes populaires que pour solliciter leurs suffrages. C’est la même chose dans ces municipales. Nous présentons une liste à l’image de la société, avec des salariés du commerce, de la restauration, de la logistique, des employés de bureaux, des travailleurs des services publics, du secteur associatif, de la santé, mais aussi des étudiants, des retraités et des privés d’emploi. Parce que nous nous saisissons de toutes les occasions pour exprimer cette idée simple : c’est nous les travailleurs et les travailleuses qui produisons toutes les richesses, qui faisons tout tourner dans cette société, alors c’est à nous de décider de tout.

Le Matin d’Algérie : Quels droits concrets envisagez-vous de garantir aux travailleurs sans papiers, aux migrants et aux précaires dans votre programme municipal ?

Raphaël Duraffourg : Nous sommes pour la libre-circulation de tous les travailleurs, la régularisation de tous les sans-papiers. Aujourd’hui les frontières tuent : au moins 524 personnes ont disparu en Méditerranée depuis le début de l’année. Il existe heureusement sur cette question aussi des réseaux de solidarité et de mobilisation. On sait que la droite et l’extrême-droite multiplieront les attaques, à l’exemple de la surenchère à laquelle on a assisté à propos des subventions de la mairie à l’association SOS Méditerranée. La gauche ne nous en protégera pas. À Marseille, en juin dernier, comme à Nantes il y a quelques jours, les polices, toutes confondues, se sont livrées à de véritables raids contre les migrants. Les travailleurs de Minneapolis nous ont montré la voie sur la façon dont la population peut s’opposer aux exactions de l’ICE hexagonal.

Le Matin d’Algérie : Votre liste se présente seule ou en opposition à d’autres forces de gauche : seriez-vous ouverts à des alliances si cela permettait de faire passer certaines réformes ?

Juliette Coleou : Nous nous présentons pour défendre les idées révolutionnaires dans cette campagne, nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls. Celles et ceux qui utiliseront ce bulletin de vote affirmeront leur révolte contre tous les partis qui se succèdent au pouvoir sans rien changer pour les travailleurs, sans pour autant tomber dans les bras de leurs pires ennemis que sont les candidats de l’extrême droite.

Raphaël Duraffourg : Au soir du premier tour, à gauche comme à droite, voire avec l’extrême-droite, il y aura des recompositions. Si nous ne souhaitons pas que la ville tombe aux mains du RN, nous ne serons pas partie prenante de ces accords politiciens. Les partis qui réclament régulièrement l’unité derrière eux pour « faire barrage » au RN lui ont pavé la voie par leur politique ! Ce qui est hors de question, c’est que nous taisions leurs responsabilités au nom d’une unité factice.

Le Matin d’Algérie : Enfin, si votre liste échoue, quelle serait votre ligne de conduite pour continuer à porter vos idées et rester visible dans les luttes locales ?

Juliette Coleou : C’est peut-être celle de vos questions à laquelle il est le plus facile de répondre ! Nous vous dirons simplement que nous agissons déjà quotidiennement pour faire connaître nos idées !

Nous ne militons pas seulement au moment des élections, mais nous sommes présents tous les jours, dans les quartiers, dans les entreprises, où la lutte est quotidienne pour faire respecter les droits des travailleurs. Dans cette société, les combats ne manquent pas. Contre le racisme, pour les droits des femmes, contre toutes les discriminations et les oppressions. Tant que cela sera nécessaire, nous continuerons aussi à faire vivre la solidarité internationale des travailleurs et à dénoncer les politiques coloniales comme en Kanaky, ou génocidaires comme en Palestine.

Entretien réalisé par Djamal Guettala

Le NPA Révolutionnaires vous donne rendez-vous pour son meeting de campagne le mercredi 4 mars à 19 heures, au 26, rue Loubon (Espace culturel de l’association Bichioni, Marseille).

Cette rencontre se tiendra en présence des candidates et candidats de notre liste ainsi que de Selma Labib, porte-parole du NPA Révolutionnaires.