Nos vies valent plus que leurs profits

Documentaire — Terrorisme d’ultradroite, de Raphaël Tresanini et Jean-Pierre Canet

Terrorisme d’ultradroite, de Raphaël Tresanini et Jean-Pierre Canet
Documentaire en deux épisodes, disponible sur arte.tv jusqu’au 15 décembre 2026

 

 

Sous-estimée, la menace du terrorisme d’ultradroite s’est intensifiée durant la dernière décennie. C’est le sujet du documentaire de Raphaël Tresanini et Jean-Pierre Canet.

Composé de deux volets d’environ cinquante minutes, Terrorisme d’ultradroite prend la forme d’une vaste enquête transnationale. Les réalisateurs parcourent la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Suède et les États-Unis afin d’analyser les dynamiques communes qui traversent ces mouvances. Chercheurs en sciences sociales, spécialistes de la prévention de la radicalisation, magistrats, journalistes d’investigation, mais aussi anciens militants néonazis ayant rompu avec ces milieux ainsi que des proches de victimes, livrent leurs analyses et témoignages, dressant le portrait inquiétant d’un activisme en pleine expansion.

Les noms d’Ismail Aali, de Djamel Bendjaballah, d’Aboubakar Cissé et de bien d’autres comptent parmi les victimes du terrorisme d’ultradroite, nourri par l’idéologie du suprémacisme blanc. En France comme dans d’autres pays occidentaux, ces crimes sont pourtant présentés comme de simples faits divers isolés, tandis que la justice rechigne à les traiter à la hauteur de leur dimension politique1.

Le film montre également comment ce terrorisme s’est internationalisé autour d’un socle idéologique commun. Parmi ses références figurent le mythe du « grand remplacement » et le concept de « remigration ». Les auteurs des attentats les plus meurtriers sont transformés en figures héroïques. Les attaques d’Anders Breivik en Norvège en 2011 (77 morts) ou de Brenton Tarrant contre des mosquées à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019 (51 morts) sont régulièrement glorifiées dans des manifestes et sur des forums.

Autour de ces références macabres se développent des réseaux numériques transnationaux, comme le groupe « Terrorgram » sur Telegram, qui diffuse propagande, manifestes et modes opératoires pour encourager les passages à l’acte. Parallèlement, des structures physiques émergent, à l’image des Active Clubs, clubs sportifs présents dans plusieurs pays européens et où des militants d’ultradroite se rencontrent, s’entraînent et recrutent, souvent parmi les plus jeunes.

L’enquête aborde aussi les zones de porosité avec les milieux militaires et policiers. En Allemagne, plusieurs affaires ont impliqué des membres du Kommando Spezialkräfte (KSK), l’unité d’élite de l’armée, chez qui des perquisitions ont révélé des stocks d’armes et des projets d’actions violentes visant opposants politiques et populations musulmanes.

Malgré sa richesse, le documentaire laisse néanmoins en suspens le rôle de la banalisation des idées d’extrême droite dans la société tout entière, largement aidée par la diffusion d’un racisme entretenu d’en-haut par le personnel politique et certains médias. Il éclaire les réseaux et les acteurs du terrorisme d’ultradroite, mais n’interroge que peu le climat politique dans lequel ces idéologies prospèrent.

Martin Eraud

1  La famille de Djamel Bendjaballah, assassiné le 31 août 2024 près de Dunkerque par un membre du groupuscule Brigade française patriote, se bat toujours pour la requalification de son assassinat en crime raciste.