Le droit de vote se présente en France comme « universel ». Certes, il n’est plus réservé aux hommes, les femmes l’ayant obtenu en 1944. Mais le compte n’y est pourtant pas…
Détenus privés de voix
En 2019, une loi a permis aux 57 000 détenus disposant de leurs droits civiques de voter dans leur prison. Jusque-là, il fallait obtenir une permission de sortie ou voter par procuration – dans les faits, bien peu y parvenaient. À peine la loi promulguée, la participation est passée de 2 % à 20 % des prisonniers. Devant un tel sursaut civique, députés et sénateurs ont décidé en juin dernier… de supprimer le vote en prison pour les élections locales, dès les prochaines municipales : en votant dans la commune de la prison, les détenus pourraient « déstabiliser l’expression démocratique » en atteignant jusqu’à 5 % du corps électoral de ces communes…
Étrangers : pas tous à la même enseigne
Aux élections municipales et européennes, les étrangers originaires de l’Union européenne peuvent voter. Dans les faits, moins de 300 000 sur les 1,1 million qui le pourraient le font.
Aux presque cinq autres millions d’étrangers, le droit de vote a souvent été promis par la gauche quand elle était dans l’opposition, jamais donné une fois qu’elle parvenait au pouvoir. Une proposition de loi allant dans ce sens attend d’être votée depuis… 1999 ! Jeudi dernier, une députée écologiste l’a ressortie de la naphtaline… le temps que des macronistes alliés à la droite et l’extrême droite signent une tribune pour s’en indigner.
Des étrangers le plus souvent embauchés aux postes de travail les plus pénibles et les moins bien payés. S’ils pouvaient voter, le poids électoral de la classe ouvrière s’accroîtrait d’autant. Voilà pourquoi les révolutionnaires sont pour le droit de vote des étrangers à toutes les élections. La Constitution de 1793 stipulait que « tout étranger de vingt et un ans, qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail » pouvait voter. La Ve République et ses politiciens réactionnaires ont 233 ans de retard…
Mathieu Parant
Le serpent de mer de la proportionnelle
Le 8 février dernier, toute une brochette de politiciens a signé une tribune réclamant que les élections législatives se fassent « à la proportionnelle », c’est-à-dire que le nombre d’élus soit proportionnel aux suffrages recueillis. Enfin… à condition que tout ce beau monde n’impose pas une « barre » minimale, comme ça a été le cas en 1986 où il fallait avoir recueilli plus de 5 % des suffrages sur des listes départementales pour avoir des élus.
Parmi les signataires, un ex-président de la République et deux ex-Premiers ministres, à savoir Hollande, Cazeneuve et Borne. Et une question s’impose tout de même : que ne l’ont-ils proposé quand ils étaient au pouvoir ?