Nos vies valent plus que leurs profits

Du colonialisme au néocolonialisme

En septembre 2022, suite au départ forcé de l’armée française du Mali, Macron rappelait dans sa conférence aux ambassadeurs français que la France avait « l’Afrique au cœur », bâtissait de « nouveaux partenariats », notamment « avec le Rwanda » et invitait à « combattre les narratifs mensongers » russes, chinois et turcs accusant la France de néocolonialisme et à « défendre la réalité de notre action » en Afrique.

« Partir pour mieux rester »

Si, face à la montée des mouvements nationaux après la Seconde Guerre mondiale, la majorité de la bourgeoisie française a été contrainte de démanteler son empire colonial, il s’agissait, selon une formule prêtée à François Mitterrand, de « partir pour mieux rester ».

Rester avec des dirigeants complaisants, souvent formés en France, qui ont accepté le maintien d’une économie coloniale, avec pour monnaie le franc CFA, des emprunts et une dette infinie auprès de banques françaises, des économies d’exportation de produits agricoles et de matières premières, et des marchés exclusifs pour les multinationales françaises… Rester, aussi, avec des administrations coloniales, rebaptisées « coopération » et des bases militaires permanentes.

Il a parfois fallu à la France imposer par la force une « décolonisation » à son goût, sous la coupe de dirigeants choisis par elle, comme au Cameroun entre 1955 et 1971, avec une guerre coloniale, après avoir assassiné le dirigeant syndicaliste Ruben Um Nyobé puis son successeur à la tête de l’Union des populations du Cameroun (UPC), Félix Moumié, et placé au pouvoir son allié Ahmadou Ahidjo, au prix de dizaines de milliers de morts.

Au Tchad, elle a mené, de 1969 à 2022, pas moins de cinq « opérations » pour soutenir les gouvernements successifs, notamment celui d’Idriss Déby à partir de 1990, puis de son fils. De 2013 à 2022, les bavures de l’opération Barkhane, menée contre les groupes « djihadistes » dans tout le Sahel, ont soulevé la haine des populations et conduit à la chute des régimes qu’elle était censée soutenir.Quant aux dirigeants qui ont voulu se passer de la France, ils l’ont payé cher, à l’image du de Sylvanus Olympio, président du Togo assassiné en 1963, ou de Thomas Sankara au Burkina Faso, assassiné en 1987 avec, au moins, la complicité de Mitterrand.

Pas besoin de propagande russe ou chinoise pour savoir que le drapeau français est bien celui du crime et de l’oppression !

J.-B. Pelé

 

 


 

 

Sommaire du dossier du numéro 50 de Révolutionnaires