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Élections régionales en Allemagne : l’extrême droite poursuit son ancrage à l’Ouest

Le site de chimie de Ludwigshafen, en Rhénanie-Palatinat

Les élections régionales du mois de mars en Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest du pays, et en Rhénanie-Palatinat, confirment la montée de l’extrême droite allemande, qui s’impose comme l’une des principales forces électorales, y compris en Allemagne de l’Ouest.

En Bade-Wurtemberg, photo-finish pour le conservatisme vert

Le 8 mars, les Verts se sont imposés de justesse (30,2 %) contre les conservateurs de la CDU (29,7 %). Deux partis qui gouvernent ensemble depuis deux mandats et dont la politique est quasiment identique : le Premier ministre écolo y défend les voitures de luxe et les moteurs thermiques – fleuron d’une région qui héberge les « usines mères » de Mercedes et Porsche –, et revendique la vidéosurveillance généralisée. Anecdotique mais bien significatif de la politique rétrograde des conservateurs au « photo-finish » : dans une interview, le candidat CDU raconte son bonheur d’avoir été invité dans une classe de 3e d’un collège de filles, et s’étale sur la beauté des adolescentes… Cela a dégoûté suffisamment d’électeurs et mobilisé une partie de l’électorat social-démocrate pour « faire barrage ». Ce qui n’empêche pas les sociaux-démocrates de s’écrouler, passant de justesse la barre des 5 %, pendant que le parti de gauche radicale, Die Linke, rate sa première tentative d’entrée au Parlement.

Mais c’est à l’extrême droite qu’a surtout profité le dégoût des partis « traditionnels » : l’Alternative pour l’Allemagne, AfD, passe de 9 à 18 %. Dans une région marquée par l’industrie automobile et des bastions ouvriers aux relativement hauts salaires, c’est probablement le discours souverainiste et anti-écolo qui a pu gagner des voix. Les plus gros scores de l’extrême droite – marquants – ont été réalisés autour de Mannheim, une ville à forte population immigrée et marquée par l’industrie automobile (Mercedes) et le mastodonte de la chimie (BASF).

Rhénanie-Palatinat : la percée de l’AfD

Deux semaines plus tard, bis repetita dans le petit « Land » de Rhénanie-Palatinat. Au pouvoir depuis 1987, le SPD perd près de 10 % et passe derrière les conservateurs, pendant que l’AfD passe de 8,3 % à 19,5 %. Avec un progrès notable dans les milieux ouvriers, même si elle y reste derrière les sociaux-démocrates. La poussée se fait surtout dans la jeunesse : l’AfD est le premier parti parmi les 18-25 ans, avec 21 %. Il n’en reste pas moins que les plus gros scores sont réalisés dans les régions urbaines sinistrées, plus que dans les zones rurales, à l’image de Kaiserslautern, ville industrielle en déclin dont une grande partie de la population ouvrière survit tant bien que mal grâce aux retombées économiques de la base militaire américaine de Ramstein, la plus grande base aérienne américaine hors des États-Unis, qui compterait 8500 soldats mais fait vivre alentour quelque 40 000 personnes.

Ces élections sont un cataclysme pour le SPD (qui, par ailleurs, a perdu un jour plus tard la mairie de Munich). Les sociaux-démocrates paient certainement leur politique anti-sociale et militariste au gouvernement fédéral, seul parti à avoir participé à tous les gouvernements des derniers mandats. Mais c’est aussi une confirmation que la progression de l’AfD se généralise, bien au-delà de l’est du pays et du discours prédominant des médias allemands qui lui prêtent une audience qui serait limitée aux ex-régions de RDA. Ce n’est pas le cas. Cette progression risque de se confirmer aux élections à venir, en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg. Elle ne sera pas enrayée par de prétendus barrages électoraux – barrages républicains version allemande. Le dernier recul électoral de l’AfD avait fait suite à des manifestations massives contre l’extrême droite. Des perspectives de faire reculer l’extrême droite se trouvent bien davantage aujourd’hui du côté des jeunes qui se sont lancés dans la bagarre contre le service militaire et qui trouvent de l’écho dans une partie des classes populaires inquiètes de la militarisation.

Dima Rüger, 30 mars 2026