
L’accord de paix signé le 5 décembre 2025 entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) sous l’égide des États-Unis et qualifié de « grand miracle » par Trump n’a pas mis fin aux combats, ni aux violences subies par les populations civiles.
La région du Kivu est, depuis trois décennies, le terrain d’affrontements entre groupes armés qui se disputent le contrôle des sous-sols riches en métaux précieux destinés aux grandes multinationales de l’électronique ou de l’armement, comme Sony, Samsung ou Thales. En janvier 2025, le Rwanda, par l’intermédiaire de la milice M23 et de ses alliés, a lancé une offensive de plusieurs mois se soldant par la prise de contrôle de villes dans l’est du pays, dont Rubaya – qui possède l’une des plus importantes mines de coltan1 du monde –, Goma et Bukavu.
Un appétit insatiable
Si l’État rwandais s’était senti autorisé à envahir la RDC, c’est que, principale force militaire de la région, il y assume un rôle de gendarme pour le compte des puissances occidentales : en fournissant massivement des troupes pour les missions de l’ONU d’abord, ce qui lui permet d’en stationner dans d’autres pays comme le Soudan du Sud ou la République centrafricaine ; en sécurisant des sites économiques ensuite, comme le site gazier du Calbo Delgado au Mozambique, qu’il a protégé des milices de l’État islamique, pour permettre aux mastodontes TotalEnergies, ENI et ExxonMobil de relancer leurs projets d’exploitation.
Fort de cette position, le Rwanda, qui contrôlait déjà une petite zone dans l’est congolais, a donc décidé d’étendre sa mainmise, renforçant ses revenus issus de l’exploitation et de l’exportation et ouvrant une énorme opportunité pour Trump. En effet, l’accord de « paix » du 4 décembre est doublé d’un accord commercial qui vise à sécuriser l’approvisionnement en métaux, aujourd’hui principalement extraits et raffinés par des entreprises chinoises, au profit des États-Unis. Mais les dirigeants rwandais sont goulus et, une semaine après la signature de l’accord, ils relançaient l’offensive pour prendre la ville d’Uvira. Une initiative peu appréciée de son protecteur américain qui a engagé des sanctions contre l’armée rwandaise et quatre de ses généraux : maintenant que l’accord est signé, Trump veut la stabilité pour relancer les affaires.
La population paye le prix de la « transition »
Aujourd’hui, quelles que soient les forces qui administrent la région, les populations sont soumises à leur arbitraire et aux violences des affrontements. Quand ce ne sont pas les combats qui tuent, c’est l’exploitation qui s’en charge : le 28 janvier dernier, un glissement de terrain a entraîné la mort d’entre 200 et 400 personnes – hommes, femmes et enfants, Rwandais comme Congolais, mineurs ou commerçants. Le 10 mars dernier, un rapport d’une ONG environnementale américaine a fait état des conséquences sanitaires de l’extraction et du traitement du cobalt, un métal particulièrement utilisé dans des batteries pour voiture électrique. Depuis qu’une usine de l’entreprise Tenke Fungurume Mining – majoritairement détenue par un groupe chinois et fournissant des groupes comme Stellantis, BMW et Volkswagen – s’est installée près de la ville de Fungurume, les populations avoisinantes ont développé de multiples symptômes : saignements du nez, vomissements, multiplication des fausses couches… En système capitaliste, voici à quoi ressemble l’envers de la transition « verte » et « numérique ».
14 mars 2026, Adrian Lansalot
1 Le coltan est un minerai dont on tire du tantale, un métal très utilisé dans la production de téléphones ou dans l’aéronautique et le militaire. La mine de Rubaya, dont la production est artisanale, produit entre 15 % et 30 % de la production annuelle mondiale.