Nous répondons à la charte proposée l’organisation Europalestine dans le cadre des élections municipales de Grenoble de 2006.
1 : Présenter et soutenir au Conseil municipal, un projet d’adoption de charte éthique applicable à la commande publique excluant les entreprises impliquées dans des violations graves du droit International dans les territoires palestiniens et en Israël.
Nous partageons pleinement l’indignation et la colère face aux crimes commis contre le peuple palestinien. Nous pensons que la solidarité internationaliste avec lui est nécessaire, ainsi qu’avec l’ensemble des peuples opprimés . Cependant, nous ne pensons pas qu’une charte municipale, aussi positive soit elle, permettra d’apporter une réponse à la hauteur de la situation.
Nous n’avons aucune confiance dans le droit international, qui est appliqué à géométrie variable par les États impérialistes, qui l’utilisent comme un instrument politique lorsqu’il sert leurs intérêts,et l’ignorent lorsqu’il les contraint. Les mêmes gouvernements qui parlent de légalité internationale continuent d’armer l’État d’Israël et de soutenir sa politique. Nous n’avons pas davantage d’illusions dans la capacité, voire la volonté d’une municipalité à faire respecter réellement une telle charte, soumise à la pression des intérêts économiques des industriels locaux. Surtout, nous pensons que le levier décisif ne se situe pas dans les délibérations institutionnelles,mais dans les mobilisations des travailleurs et travailleuses eux-mêmes. À Grenoble et dans son agglomération, des entreprises comme STMicroelectronics, Caterpillar, Thales, et bien d’autres participent, directement ou indirectement, à l’industrie d’armement et aux chaînes d’approvisionnement militaires. Ce sont les salarié·es de ces entreprises qui ont un pouvoir réel : celui de refuser de produire, de bloquer, et de se mettre en grève contre le soutien de leur patron à l’État d’Israël, comme l’ont montré les dockers de Gènes ou de Fos-sur-Mer.
Nous continuerons de soutenir toutes les mobilisations allant dans ce sens, mais nous ne voulons pas entretenir l’illusion qu’une charte municipale puisse être un moyen d’augmenter le rapport de force en faveur du peuple palestinien.
2 : Présenter et soutenir au Conseil municipal, une motion manifestant votre attachement au respect du droit international reconnaissant explicitement les conclusions de la Commissiond’enquête indépendante de l’ONU indiquant la commission d’un crime de génocide à Gaza, ainsi que les conclusions de l’avis de laCour Internationale de Justice du 19 juillet 2024 statuant sur l’illégalité de l’occupation israélienne du Territoire Palestinien Occupé, et la nécessité que la France respecte ses obligations de prévention et répression du génocide, et de non reconnaissance et non-assistance à la situation d’occupation illégale
Nous dénonçons le génocide et la colonisation qui dure depuis 75 ans en Palestine, et nous continuerons à construire les mobilisations en soutien au peuple palestinien. Mais nous ne pensons pas que l’émancipation du peuple palestinien passera par le droit international, mais bien par les mobilisations des jeunes et des travailleur.euses à travers le monde.
Nous n’avons aucune confiance dans le droit bourgeois pour lutter contre le génocide en cours, que ce soit à l’échelle locale, nationale ou même internationale. Comme vous le dénoncez vous-mêmes,toutes les interdictions, les prononciations, les mandats d’arrêt de la cour pénale internationale et d’autres institutions du même ordre n’ont aucunement permis de mettre un point d’arrêt à la politique du gouvernement de Netanyahou. Au contraire, les États impérialistes continuent de soutenir l’État génocidaire d’Israël, qui leur sert de relais et de police dans la région. Dans le même temps, ils continuent de réprimer toutes celles et ceux qui soutiennent le peuple palestinien. Le mandat d’arrêt de la CPI contre Netanyahu et son Premier ministre n’a pas empêché Macron, mais aussi d’autres dirigeants de les laisser se déplacer librement sur leur territoire, si ce n’est de les inviter dans des rencontres officielles.
3 : Nouer ou renforcer les liens avec les collectivités territoriales palestiniennes, à Gaza, En Cisjordanie, Jérusalem-Est, notamment à travers la coopération décentralisée et les jumelages
Pour lutter contre le génocide et l’occupation actuelle en Palestine, mais également pour construire le projet de société que nous envisageons, il nous semble essentiel de construire des liens avec les travailleurs palestiniens, mais aussi avec l’ensemble des travailleurs de la région. Nous sommes internationalistes et nous pensons que l’émancipation des peuples opprimés ne passera que par une révolution internationale portée par les travailleurs. Pour cela,il faut construire la solidarité avec le peuple palestinien, solidarité renforcée par le fait d’être en contact avec des organisations et des militants sur place plutôt que des jumelages qui sont plus un symbole qu’un point d’appui pour les luttes.
4 : Soutenir et défendre la liberté d’expression et de manifestation des associations et citoyen·nes engagé.es pour les droits des Palestinien·nes :
Comme nous l’avons évoqué précédemment, nous confèrons un rôle essentiel aux mobilisations en solidarité au peuple palestinien, comme meilleur moyen de lutter contre la politique portée par Netanyahou et son gouvernement. Dans ce contexte, nous apportons notre soutien à la liberté d’expression et de manifestation en solidarité au peuple palestinien.La répression de telles mobilisations, par nos gouvernements, sert avant tout à cacher la responsabilité de ces mêmes gouvernements dans le génocide en cours. Nos propres réunions publiques en solidarité au peuple palestinien ont été interdites après les attaques israéliennes qui ont suivis le 7 octobre. En effet, deux réunions organisées à Grenoble en solidarité au peuple palestinien et pour dénoncer la politique du gouvernement de Netanyahou ont été interdites par la préfecture de l’Isère, et on fait l’objet d’une intervention policière. Cette interdiction a été faite sous la pression du CRIF, organisation qui soutient la politique portée par Netanyahou, et dont le candidat Hervé Gerbi est l’ancien dirigeant local.
5 : Pour les jumelages avec des villes israéliennes (Grenoble/Rehovot):
En tant que liste anti-colonialiste et internationaliste, nous sommes pour la coexistence des peuples du Moyen-Orient au-delà des barrières fixées par l’impérialisme occidental que ce soit en 1948, en 1967, ou après. Depuis sa création en 1958, l’État Israélien a joué ce rôle d’avant-poste de l’Occident dans la région stratégique du Moyen-Orient. La question dépasse largement le gouvernement de Netanyahou. La mairie actuelle ne souhaite pas mettre fin au jumelage comme l’a annoncé E. Piolle dans sa lettre au CRIF. C’est une erreur de penser que l’État israélien peut avoir un autre rôle que celui d’un État colonial faisant régner la loi de l’impérialisme occidental à coup de bombardements en Palestine, mais aussi au Liban, au Yémen, en Iran et ailleurs. La solution à deux États prônée par le maire démontre son inefficacité depuis 1948 et tous les accords ayant suivi.
Nous ne pensons pas qu’une élection puisse mettre un terme au massacre et à la colonisation en cours, mais nous nous en servirons pour dénoncer le rôle de l’impérialisme français et exprimer notre solidarité de classe avec le peuple palestinien. Nous dénoncerons également l’hypocrisie de la mairie actuelle qui prétend vouloir la paix, mais continue d’entretenir des liens avec un État colonial.
6 : Campagne de Boycott Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël. Soutenir la campagne BDS :
(a) s’opposer à des échanges culturels, sportives et académiques entre les sociétés, artistes, sportifs israéliennes et notre ville
(b) ne pas permettre l’utilisation de l’infrastructure de notre ville par l’état israélien et/ ou ses soutiens
(c) imposer un boycott des produits israéliens par la ville, notamment dans les cantines
Le génocide en cours en Palestine n’échappe pas à la logique mortifère du capitalisme. Bien au contraire, de la grande distribution à l’industrie d’armement, un grand nombre d’entreprises ont pris une part de responsabilité importante dans le massacre et dans la colonisation en cours.
Si l’on ne peut que comprendre la volonté de faire quelque chose contre ce qui se passe sous nos yeux, il faut tout de même s’interroger sur les moyens de mobilisation les plus efficaces, les boycotts par la consommation peuvent certes avoir un impact sur les chiffres d’affaires de certaines entreprises. Mais au vu de l’urgence de la situation et la gravité des massacres, on pense que la pression sur l’État israélien, mais surtout sur ses soutiens qui le perfusent, viendra davantage des mobilisations des travailleurs et de la jeunesse.
D’autant plus que les grands groupes capitalistes peuvent recourir à quantité incroyable de subterfuges pour arriver à vendre leurs marchandises. De plus, l’interpénétration des capitaux rend très difficile d’identifier la totalité des produits à boycotter, et d’être certain des retombées concrètes des campagnes sur le portefeuille des capitalistes. Sous le capitalisme, la production et le commerce éthique n’existent pas.
Comme nous l’avons évoqué, nous pensons que ce qui empêcherait l’armée israélienne de mener sa sale guerre en Palestine, et qui mettrait un coup d’arrêt à la colonisation, ce sont des travailleurs mobilisés sur leur lieu de travail, par des grèves, par des refus de fabriquer et d’acheminer toute marchandise, dont les armes nécessaires à la guerre, ainsi que les mobilisations de notre classe, partout dans le monde.
Aujourd’hui il y a des expériences encore très minoritaires, comme celles des Dockers de Fos-sur-Mer, ou bien ceux de Gênes qui ont refusé de charger des conteneurs remplis d’armes à destination d’Israël, et qui se sont mis en grève par protestation. Il faut chercher à généraliser ces initiatives et de faire grossir nos rassemblements et nos manifestations pour enfin mettre hors d’état de nuire l’État d’Israël et la clique d’impérialistes qui le soutiennent, dont notre propre gouvernement.
Baptiste Anglade, pour la liste Grenoble Ouvrière et Révolutionnaire