Nos vies valent plus que leurs profits

Jeunes dans la galère

Le rapport de la Banque mondiale pour 2025 fait état des conséquences de la dégradation du contexte économique internationale sur les pays dits « en voie de développement » (c’est-à-dire les pays les plus pauvres soumis à l’impérialisme). Les plus jeunes en sont les principales victimes : ils seront 1,2 milliard à arriver sur le marché du travail d’ici 2035 pour seulement 400 millions d’emplois disponibles. En 2025, les chemins de fer indiens ont reçu 18,7 millions de candidatures pour 60 000 places. Au Nigeria, 1,8 million de personnes se sont disputé les 50 000 places proposées dans la fonction publique. Souvent les pots-de-vin et les relations font la différence, laissant hors de la course les jeunes d’origine modeste. En cause, une baisse de la croissance annuelle, qui est passée en moyenne de 6 % à 4 % depuis quelques années, dont les travailleurs paient aujourd’hui les pots cassés.

Beaucoup sont rejetés dans l’économie informelle, qui regroupe plus de 2,1 milliards de personnes, sans contrat et livrées aux pires conditions d’exploitation. La Banque mondiale réclame des investissements et des infrastructures pour sortir durablement les jeunes de la misère. Mais ses appels vibrants comme :  « Face à la faiblesse des ressources, la mobilisation des capitaux privés s’avère une pièce maîtresse de l’échiquier financier qui permet de stimuler la demande de main-d’œuvre » restent en grande partie lettre morte. Les capitalistes investissent pour les profits, pour accaparer les ressources, certainement pas pour sortir les jeunes de la misère, peu importe si cela implique de maintenir le sous-développement de régions entières.

Cette jeunesse (la fameuse Gen Z) n’est pas homogène d’un point de vue de classe. Mais ce n’est pas un hasard si on la retrouvait en première ligne dans les mobilisations en 2025 au Madagascar, au Népal, au Maroc ou en Indonésie notamment celle des classes populaires. Ce chômage de masse et la dégradation des conditions de vie en comparaison de ce qu’avait connu la génération précédente alimentent un sentiment de révolte, qui, faute d’une politique de classe, n’aboutit pas pour le moment à des changements significatifs. La colère ne suffit pas à dépasser les illusions démocratiques et institutionnelles pour viser le pouvoir des capitalistes. Mais pour arracher des conditions de vie dignes, reprendre le chemin des explosions sociales sera bien plus efficace que les vœux pieux de la Banque mondiale.

Robin Klimt