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La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture, de Sophie Bessis

La civilisation judéo-chrétienne. Anatomie d’une imposture
Sophie Bessis, Les liens qui libèrent, Paris, 2025, 10 euros

 

 

« Notre victoire, c’est votre victoire ! C’est la victoire de la civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie », proclamait Netanyahou sur LCI le 30 mai 2024. C’est en réaction au soutien inconditionnel apporté par les puissances impérialistes occidentales au génocide perpétré par leur allié et sous-traitant israélien que Sophie Bessis a écrit cet essai direct et resserré. Plus précisément contre ses fondements idéologiques qui, s’ils sont des prétextes pour camoufler une alliance d’intérêts, n’en ont pas moins des conséquences politiques.

Le concept de « civilisation judéo-chrétienne » s’est imposé très récemment, après les années 1980, venant « grand-remplacer » celui de « l’héritage gréco-latin ». Retour d’une référence réactionnaire à la religion mais maintien du mensonge d’un Occident comme berceau unique de la pensée moderne.

Le terme « judéo-chrétien » résume une offensive idéologique qui combine « un triple processus d’occultation, d’appropriation et d’exclusion ».

« Occultation » d’abord de plus d’un millénaire de persécutions antisémites menées par les pouvoirs chrétiens d’Europe, persécutions qui ont culminé avec le génocide des Juifs par les nazis. Les Juifs d’Europe étaient alors systématiquement renvoyés à leur « altérité orientale ». C’est une des raisons pour lesquelles les fondateurs du mouvement sioniste ont trouvé des appuis chez des dirigeants européens antisémites : la volonté de renvoyer les Juifs « en Asie » comme le souhaitait par exemple et entre autres Proudhon.

Lorsque l’Europe reconnaît enfin l’horreur qu’a été la Shoah (l’autrice estime qu’il faut attendre le procès Eichman en 1962), c’est un mouvement d’« appropriation » qui s’enclenche, qui permet de réinclure dans l’Occident la première des religions monothéiste et d’en nier les origines orientales. C’est ainsi qu’Israël, composé pourtant majoritairement de populations non-européennes (juives d’Afrique, chrétiennes ou musulmanes), se présente comme la pointe avancée de l’Occident.

Cette « appropriation » de la judéité à l’Occident procède enfin d’une « exclusion », celle de l’Islam, troisième religion monothéiste, et de tous les pays où les musulmans sont les plus nombreux. Le fameux « choc des civilisations » est entretenu d’abord par les États impérialistes mais aussi par certains nationalistes arabes ou par les islamistes, c’est-à-dire par toutes les forces qui jouent sur les divisions ethniques, nationales ou confessionnelles pour assoir leur pouvoir.

Cet essai est indispensable pour l’autodéfense militante face aux amalgames identitaires, ouvertement religieux ou qui se masquent derrière un prétendu universalisme à la mode impérialiste.

RP