
La Vie à portée de main, de Christophe Galfard
Albin Michel, 2025, 571 p., 22,90 €
Un robot pour nous expliquer le fonctionnement du vivant, l’artifice auquel Christophe Galfard a recours dans son dernier ouvrage ne manque pas d’ironie. Après le succès de son précédent livre, L’Univers à portée de main, dans lequel il expliquait, sans simplifier, les découvertes de l’astrophysique, Galfard récidive en s’attaquant cette fois au vivant. Une tâche pas forcément plus aisée, comme il le précise lui-même : « Contrairement à la physique théorique, il n’y a pas en biologie de théorie générale permettant de comprendre l’ensemble de la discipline. » De fait, il n’existe qu’une seule théorie applicable à la biologie tout entière : l’évolution des espèces par la sélection naturelle de Darwin. Mais celle-ci a beau être centrale, et Galfard ne s’y trompe pas puisqu’il y consacre la première partie de son livre, elle est de bien peu d’aide pour comprendre les réactions biochimiques qui se jouent à l’intérieur des cellules. C’est là qu’interviennent l’auteur et son fameux robot.
À travers le temps et l’espace
En six parties, rythmées par des chapitres courts et accessibles, La Vie à portée de main nous emporte depuis l’immensité de l’espace et la formation de la Terre jusqu’au fonctionnement microscopique des processus cellulaires. Dialoguant avec son compagnon robotisé, le lecteur est ainsi confronté à tout ce qui constitue le propre du vivant. C’est la grande force de ce livre que d’arriver à nous faire prendre conscience des différentes échelles de temps et de taille des processus vivants, depuis l’extinction d’espèces entières à une réaction chimique impliquant un seul électron.
Malgré quelques lourdeurs explicatives, notamment dans la description de certaines molécules, Galfard n’est jamais aussi convainquant que quand il décrit les phénomènes comme si nous y assistions. Quel meilleur moyen pour voyager à l’intérieur d’une cellule que de le faire à dos de protéine ? Mention spéciale à la description de l’extinction des dinosaures ou à celle de l’explosion des formes de vie au Cambrien, toutes les deux plus vraies que nature.
Hommage à la recherche scientifique
Tout au long de son livre, l’auteur prend soin de préciser qui sont les scientifiques qui ont permis l’avancée de la compréhension du vivant. Certaines références peuvent paraître anecdotiques, elles témoignent tout de même du souci de Galfard de n’oublier personne, notamment les femmes scientifiques. Ce livre est ainsi l’occasion pour le grand public de découvrir les apports essentiels à leurs disciplines respectives de la microbiologiste Lynn Margulis, grande oubliée du prix Nobel et de la généticienne Barbara McClintock. Et de mesurer l’ampleur des découvertes qu’il reste à faire pour espérer répondre un jour à la question : qu’est-ce que la vie ?
Simon Costes