Loin de sauver les régimes en place, les diverses opérations militaires menées par la France dans ses ex-colonies d’Afrique n’ont fait qu’accentuer son rejet, et celui des dirigeants qui lui étaient liés.
Au Mali, la colère s’est généralisée dès le début de l’opération Barkhane lancée par François Hollande en 2014. Les populations en avaient certes assez de l’insécurité dans le nord du Sahel, mais c’est bien la misère due à l’exploitation du continent qui a fourni des recrues aux bandes armées. S’y sont ajoutées les bavures de l’armée française, comme en 2021, lorsqu’elle a bombardé un mariage, faisant 19 morts. Avec la hausse vertigineuse des prix, des grèves se sont succédé de 2018 à 2020 dans les mines et chez les cheminots. C’est cette colère sociale qu’avait tenté de capter le démagogue Imam Diko, avant qu’une partie de l’armée elle-même lâche le président en place et étouffe la colère au nom d’une indépendance enfin retrouvée… tout en cherchant d’autres « partenaires internationaux » avec qui marchander les richesses du pays.
Au Tchad, les grèves massives de 2019-2020, notamment pour les salaires impayés, avaient paralysé le pays à la fin du règne d’Idriss Déby. Après sa mort en avril 2021, son fils, auto-proclamé successeur avec la bénédiction de Macron, a fait à son tour face à des mouvements sociaux et à une contestation politique qui l’ont contraint à un simulacre d’élection présidentielle et à faire mine de prendre quelques distances avec Paris. Après l’élection sans surprise de Déby fils, ce dernier était reçu par Macron le 29 janvier dernier : retour à la case départ pour un régime ami de la France.
Le Sénégal a connu, en 2017, des manifestations contre le franc CFA, signe de dépendance économique vis-à-vis de la France. En 2021, c’étaient les saccages des enseignes d’Auchan et des stations de pétrole (dont Total), manifestations suivies de mobilisations contre la répression politique menée par le président Macky Sall, grand allié de la France. Ce sont elles qui ont abouti à la chute de son régime et à l’élection, en 2024, d’Ousmane Sonko et Diomaye Faye, sortis de prison pour devenir respectivement Premier ministre et président. En se présentant comme défenseurs d’une politique protectionniste, ils ont pour l’instant réussi à canaliser la colère.
Les dictateurs, piliers de la Françafrique, sont l’un après l’autre contestés. L’Afrique change. Pas seulement par la valse des prédateurs en concurrence pour ses richesses, mais avec les colères d’une population dans laquelle la classe ouvrière est de plus en plus nombreuse.
S. Lery
Sommaire du dossier du numéro 50 de Révolutionnaires
- La Françafrique : décrépite mais toujours vorace
- Du colonialisme au néocolonialisme
- Les prédateurs sont toujours là
- L’impérialisme français à la recherche de nouvelles proies
- La France et les présidents africains : les copains d’abord
- Main-d’œuvre surexploitée en France : l’autre versant de la Françafrique
- L’Afrique en mutation, sous le nez de ses prédateurs