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Le 23 janvier, dans le Minnesota, journée « sans travail, sans école, sans achats » : ceux qui en ont assez de Trump commencent à le lui faire sentir

90 syndicats et organisations communautaires, féministes, religieuses du Minnesota appellent à une journée « sans travail, sans école, sans achats » le 23 janvier suite au déploiement dans cet État du Nord-Ouest des États-Unis de 3 000 agents de l’ICE.

Le montant du budget de l’ICE, s’il s’agissait du budget militaire d’un État souverain, en ferait la seizième puissance du monde. Leurs équipes véhiculées, armées et masquées harcèlent les habitants. Cette bande de criminels bénéficie d’une promesse d’impunité de Trump pour terroriser les immigrés et s’attaquer à toutes celles et ceux qui s’en solidarisent : Renee Good, une poétesse mère de trois enfants, a payé de sa vie le 7 janvier d’avoir observé une équipe de l’ICE depuis sa voiture, assassinat qui a suscité une indignation qui a dépassé les frontières des États-Unis.

Réponse massive de la population

Trois jours plus tard, le 10 janvier, 10 000 personnes manifestaient à Minneapolis. Le 14, l’ICE a encore tiré une balle sur un immigré vénézuélien, dans la jambe cette fois. Mais l’ICE est tombée sur un os : les habitants du quartier populaire où cette nouvelle exaction s’est produite s’étaient organisés. Ils et elles ont utilisé des sifflets d’alerte, ameutant en très peu de temps des centaines de personnes qui ont mis en fuite les sbires de Trump avant de brûler leurs véhicules. On a aussi pu recenser plusieurs débrayages, dans le métro, à la poste ou dans les bus, en réaction à des arrestations de travailleurs immigrés, ainsi que de multiples rassemblements et manifestations touchant différents quartiers de Minneapolis et Saint-Paul, la ville jumelle située à quelques kilomètres.

Le 15 janvier, Trump a agité la menace d’envoyer l’armée fédérale à Minneapolis. Mais l’appel du 23 janvier montre qu’une volonté de ne pas se laisser intimider existe. Un nombre croissant de syndicats locaux et d’associations commencent même à parler du 23 janvier comme d’une « grève générale ». Leurs revendications : que l’ICE s’en aille du Minnesota, que les policiers coupables d’exactions soient poursuivis, qu’aucun financement supplémentaire ne soit attribué à ICE par l’État et, enfin, que les entreprises privées coupent tout lien économique avec l’agence fédérale. Même si l’appel est signé par la fédération syndicale AFL-CIO du Minnesota, la grève n’a pas encore été votée.

Accumulation d’expérience

À l’heure où ces lignes sont écrites, il est impossible de prévoir l’ampleur qu’aura la mobilisation. Ce qui est cependant notable, c’est que de multiples réseaux militants préexistants ont joué un rôle pour nourrir la réaction populaire. Renee Good a été assassinée à quelques rues de l’endroit où Georges Floyd avait été lui aussi exécuté par la police en 2020. À la suite de ce meurtre, le mouvement « Black Lives Matter » avait mobilisé 500 000 personnes à travers le pays. À Minneapolis, au cours de ces manifestations contre la violence raciste de l’État américain, les voisins avaient fait connaissance les uns avec les autres.

Ces liens ont favorisé l’émergence de plusieurs conflits sociaux, comme en 2022, où la Fédération des enseignants du Minnesota avait organisé une grève commune des personnels enseignants (majoritairement blancs) et non enseignants (majoritairement noirs) contre le racisme, y compris dans le cadre professionnel. Ce syndicat s’inspire aujourd’hui du Chicago Teachers’ Union qui, lors des descentes de l’ICE dans cette ville, avait organisé les enseignants en lien avec les parents d’élèves pour faire des écoles des « sanctuaires » et barrer la route aux arrestations.

Des mobilisations dispersées… mais qui érodent la popularité de Trump

Dès le début du premier mandat de Trump, en 2017, une manifestation féministe massive avait été organisée au niveau national. Mais, en 2025, il a fallu attendre six mois, de janvier à juin, avant que les manifestations « No Kings » aient lieu : la quasi absence de toute opposition sérieuse à Trump à l’échelle nationale lui laisse pour l’instant la possibilité de mettre en place sa politique. Des mobilisations avaient déjà eu lieu dans plusieurs villes contre l’ICE, notamment à Los Angeles. Bien d’autres protestations d’ampleur diverse et sur toutes sortes de question ont lieu un peu partout dans le pays. Elles reposent sur des réseaux militants localisés, isolés les uns des autres. Très peu de médias en parlent… de peur des représailles de l’administration Trump. Mais la popularité de Trump est en baisse : 55 % d’opinions défavorables, selon les instituts de sondage. Ce n’est qu’un simple indicateur, mais il ne peut qu’encourager la détermination et la capacité d’organisation que démontrent les manifestants du Minnesota. Et préparer demain, peut-être, une réaction dans tout le pays.

Ed Mcbeyne

 

 


 

 

Sommaire du dossier du numéro 49 de Révolutionnaires