Nos vies valent plus que leurs profits

Le Groenland : une colonie danoise

L’annonce par Trump, samedi 17 janvier, de la mise en place de droits de douane de plus en plus élevés contre les pays européens qui s’opposent à l’annexion du Groenland constitue un nouveau coup de canif dans le système de relations internationales que les différentes bourgeoisies avaient mis en place au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Les jours précédents, ces pays, dont la France, avaient annoncé l’envoi de quelques soldats dans cette colonie danoise, officiellement à des fins d’exercices militaires. Difficile de dire où s’arrêtera cette escalade : un affrontement direct semble peu probable, mais le système d’alliances organisées autour de l’Otan pourrait s’en trouver chamboulé.

Toutes ces rodomontades militaires se font sur le dos du peuple principalement concerné, au Groenland, qui reste en 2026 une colonie du Danemark.

Les Inuits, principale population du Groenland, ont été sédentarisés de force par les autorités danoises entre le XIXe et le XXe siècles. Avec le développement de la pêche industrielle et des industries minières, ils ont constitué les rangs d’une classe ouvrière maintenue dans une misère noire et systématiquement opprimée : enlèvements d’enfants, stérilisation forcée de jeunes filles de 13 ou 14 ans… L’île compte aujourd’hui plus de 500 SDF, sur une population de moins de 60 000 habitants, et connaît un taux de chômage record de plus de 9 %. Plus de la moitié des jeunes Groenlandais abandonnent leur scolarité après le collège. Environ la moitié de la population a connu des problèmes d’alcoolisme au sein de son foyer durant son enfance. Pas étonnant que le Groenland compte un des taux de suicide les plus élevés au monde : 81 pour 100 000 habitants en 2021, contre 10,8 au Danemark, à tel point que la presse parle des « suicides de l’Arctique ».

Quelques patrons de l’île ne voient pas d’un si mauvais œil les ambitions de Trump sur le Groenland, qui pourraient représenter des perspectives de profits. Le réchauffement climatique et la fonte des glaces pourraient permettre le développement de la pêche industrielle et, surtout, l’exploitation des terres rares dont le Groenland est riche.

Le syndicat groenlandais des pêcheurs et chasseurs se réjouit ainsi de l’allongement des saisons de pêche, mais ce développement de la pêche industrielle entraîne la dépendance grandissante des petits pêcheurs, obligés de s’endetter pour acheter des bateaux plus puissants.

Pour ce qui est des mines, les patrons locaux cherchent à développer les super-projets miniers pour exploiter les terres rares, avec bien souvent des dégâts énormes provoqués sur des sites naturels pourtant importants dans la culture inuite.

Les populations refusent cette impasse : en 2021, la mobilisation a permis l’annulation du projet d’une énorme mine d’uranium sur la montagne de Kvanefjeld, et imposé l’interdiction de l’ouverture de toute nouvelle mine d’uranium.

20 janvier 2026, Aurélien Pérenna