La guerre et ses images de destruction ne se limitent pas à nos discussions, ce que l’on voit à la télévision ou sur les fils d’actualité : elle s’invite aussi dans notre quotidien de travailleurs… sur nos lieux de travail.
Ce n’est pas partout aussi évident que sur le site de Renault au Mans où étaient assemblées des voitures et où une partie des ouvriers fabriquent désormais des drones de combat.
Un pied dans la porte
Sur le site d’Airbus à Toulouse, il faudrait maintenant, pour les sous-traitants comme Atalian, Daher ou Expleo, remplir un formulaire du ministère des Armées avec ses réseaux sociaux personnels. Les managers expliquent déjà dans les couloirs que les salariés verront leur accès au site interdit s’ils ne remplissent pas le formulaire tout de suite. La demande est claire : donne tes réseaux ou c’est la porte !
Beaucoup de salariés ont été choqués de cette intrusion dans leur vie privée. D’autant plus que la très grande majorité des concernés ne travaille ni de près ni de loin sur des programmes militaires.
Bas les pattes !
Aujourd’hui, rien n’est dit sur ce que vont faire le ministère des Armées ou les directions d’Atalian, Daher et compagnie avec les informations récupérées sur nos réseaux sociaux. Quels messages seront considérés comme problématiques : soutien au peuple palestinien ? Critique du prix de l’essence ? Orientation sexuelle ? Une seule chose est sûre, s’il suffit d’un simple « Macron dégage », il ne va pas rester grand monde pour travailler.
Certains se disent déjà que si on a rien à se reprocher, il n’y a rien à craindre, mais c’est faire un trop beau cadeau à nos patrons qui aimeraient bien avoir un accès direct à ce que pensent leurs salariés pour mieux combattre nos coups de colère, à commencer sur nos salaires !
Pourquoi ce changement ?
Airbus est peut-être à la manœuvre pour que son site toulousain dédié à l’aviation commerciale devienne aussi un site de production militaire. Ce serait pour l’avionneur une aubaine pour attirer à lui une part encore plus grande du pactole des budgets militaires.
Mais dans cette ambiance de guerre, se battre pour refuser de signer ces petits formulaires, c’est aussi se préparer à refuser demain de construire les armes qui produisent les ravages qui font la Une de l’actualité aujourd’hui.
Correspondant