Nos vies valent plus que leurs profits

L’école publique attaquée par des réformes mortifères depuis une vingtaine d’années

Depuis le début des années 2000, l’Éducation nationale n’a cessé d’être mise à mal par des réformes successives et un manque structurel de moyens dans l’objectif de diminuer son coût et de rendre plus difficile l’accès aux études de la partie la plus pauvre de la population. La France dépense proportionnellement moins que la plupart des autres pays développés, européens notamment, ce qui explique le record du nombre d’élèves par classe, dans tous les niveaux de l’éducation. Il y a jusqu’à 25-30 élèves par classe en maternelle, en primaire et en collège et jusqu’à 35 (voire 36 ou plus) en lycée.

Les suppressions de postes programmées pour la rentrée 2026 vont donc empirer la situation – alors même que nous entrons dans une période de baisse démographique, qui aurait pu être l’occasion de faire diminuer le nombre d’élèves par classe. Celui-ci rend en effet très difficiles les conditions de travail des enseignants et donc d’apprentissage des élèves.
Réforme après réforme, l’idéologie libérale a pénétré l’éducation, rendant les élèves, ainsi que leurs familles, responsables de leur réussite comme de leur échec et supprimant les dispositifs permettant de venir en aide aux plus fragiles.

Ainsi, sous le quinquennat Sarkozy, quasi tous les postes de professeurs spécialisés dans l’aide aux difficultés cognitives (les Rased) ont été supprimés et jamais remplacés ! Les gouvernements dits de gauche, sous Hollande, préférant mettre en place une solution dite de « plus de maîtres que de classes », pour que dans chaque école un prof des écoles supplémentaire puisse prendre en charge ponctuellement les élèves en difficulté. Solution qui n’a pas eu le temps de montrer ses effets, puisque supprimée à l’arrivée de Macron au pouvoir et remplacée par une mesure très partielle, et très insuffisante, de classes à effectifs allégés dans les écoles connaissant le plus de difficultés scolaires et sociales.

Au collège, de réforme en réforme, rien n’a été mis en place pour s’attaquer efficacement aux difficultés scolaires. Au contraire, l’orientation dans des voies professionnelles courtes, avec apprentissage, a entrainé l’éviction d’une partie des élèves en difficulté. Et la réforme Borne a mis en place des groupes de niveaux en sixième, dont le résultat était un tri social. L’objectif étant d’orienter plus massivement vers l’apprentissage les élèves les plus faibles scolairement.

Face à la résistance des enseignants et aux problèmes d’organisation et de moyens posés par cette mise en place, cette réforme a finalement été abandonnée.

Au lycée professionnel, le nombre d’heures de cours de matières générales a baissé alors que celui d’heures de stages augmentait, les formations en apprentissage se développant au détriment de celles en établissement scolaire, ce qui a renforcé le poids du patronat dans les formations.

Au lycée, enfin, les réformes Blanquer avec la mise en place de Parcoursup et d’une sélection à l’entrée du supérieur, ainsi que la nouvelle organisation du bac avec des « spécialités » et un plus grand poids du contrôle continu, ont accru la sélectivité en obligeant les élèves à faire des choix d’orientation précoces. Ce qui favorise les enfants de la bourgeoisie, celle-ci étant plus familière des stratégies favorisant la réussite.

Comme nous l’expliquons dans d’autres articles de ce dossier, ces réformes ont été rejetées et combattues à chaque fois par les enseignants, souvent avec les élèves et les parents. Mais il serait plus que temps de passer à l’offensive pour obtenir de meilleures conditions de travail et d’études pour tous.

Liliane Laffargue

 

 


 

 

Sommaire du dossier