
Les Volontaires, roman familial de la Révolution française, de Thomas Dodman, Seuil, 320p., 24 €
Historien spécialiste de la France moderne, Thomas Dodman écrit ici un récit sur la Révolution française à mi-chemin entre le roman et le livre d’histoire.
Il suit le destin d’une famille depuis les années 1760 jusqu’en 1850. Centrée sur trois personnages, la narration est composée de fragments qui portent soit sur des aspects thématiques de la
période, soit sur des moments forts de la révolution. Le déroulement des événements est retracé à travers leur correspondance et un travail de reconstitution de l’auteur.
La place des femmes et de la famille dans la société française de l’époque occupe une large place : il s’agit d’une famille d’enfants adoptés, avec une mère philosophe adepte des idéaux des Lumières, qui cherche à les élever sur le modèle de l’Émile de Jean-Jacques Rousseau. Le livre décrit avec finesse le développement d’une sensibilité féministe et de mœurs nouvelles, qui commence dès le milieu du XVIIIe siècle et s’accentue au moment de la révolution.
La trajectoire la plus intéressante est sans doute celle de Gabriel : issu d’un milieu paysan, en 1789, il est un révolutionnaire intransigeant, réceptif à toutes les idées les plus novatrices.
Comme le titre l’indique, le livre consacre de belles pages à son engagement dans l’armée révolutionnaire. À partir de 1794, il se transforme progressivement en notable, maire de sa ville et bourgeois très assagi. À travers lui, c’est tout le reflux d’une révolution qu’on perçoit. Comme le dit l’auteur pour résumer sa démarche : « Le social ne s’oppose pas à l’individuel comme au collectif ; au contraire, il se loge dans les corps et les esprits. » Un livre à la fois original et précieux pour mieux comprendre cette révolution.
Robert Klimt