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Liban : le dossier sur l’explosion du port de Beyrouth avance… lentement

Le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a conclu son enquête sur la double explosion meurtrière du 4 août 2020 qui avaient ravagé le port et une partie de la ville. Le bilan avait été effroyable : 235 morts, plus de 6 500 blessés et des dizaines d’immeubles ravagés. Dès le début, l’enquête révélait que l’énorme déflagration avait été causée par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées, sans précaution depuis des années, des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium, malgré des avertissements répétés aux plus hautes autorités. Soixante-dix personnes avaient été mises en cause, dont une grande partie appartenant à la classe politique. Et tout fut mis en œuvre pour empêcher le travail des enquêteurs. Bitar fut l’objet d’une avalanche de plaintes lancées contre lui par une partie des personnes impliquées et visant à le dessaisir du dossier. Bien mieux, en janvier 2023, le procureur général, Ghassan Oueidate, avait accusé Bitar d’« usurpation de la qualité de juge d’instruction et abus d’autorité ». Jusqu’ici, le petit juge a malgré tout tenu bon mais rien n’indique que la classe politique libanaise, connue pour sa corruption, ne finira pas par avoir sa peau. Les responsables de ce drame ne sont pas prêts de comparaître en justice.