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Madagascar : bientôt la fin des illusions sur le colonel au pouvoir

Michaël Randrianirina, au pouvoir depuis octobre 2025. Photo : kremlin.ru

La situation politique à Madagascar depuis la révolution en octobre 2025 reste ouverte. Le président de la « refondation » Randrianirina, un colonel de l’armée, a limogé le Premier ministre banquier Rajaonarivelo. Son remplaçant, Mamitiana Rajaonarison, est un ancien camarade de promotion de l’Académie militaire d’Antsirabe du président actuel. Il est aussi un administrateur chevronné depuis plus de deux décennies dans les institutions anticorruption, sans trop de résultats !

Changement de gouvernement : comment entretenir les illusions ?

Pour Randrianirina, le problème politique posé par la victoire du mouvement d’octobre est : que faire pour empêcher que le mouvement se relance ? Sa tentative est de modifier le gouvernement pour entretenir l’illusion d’un changement.

La fraction militaire qui a pris le pouvoir ne représente en rien les intérêts des travailleurs malgaches et des classes populaires. Au contraire, l’armée et l’État sont des outils de domination des capitalistes de l’île comme Hiridjee, Koufali Daya, Yavarhoussen, Akbarali, entre autres. Plusieurs ministres sont d’ailleurs restés en place comme le ministre des Armées Razafitombo, un général qui avait négocié avec Randrianirina la chute de Rajoelina, ou encore Fanirisao, une juge proche du capitaliste Koufali Daya et des milieux démocrates bourgeois. Le discours de lutte anticorruption ne cache pas leur vrai visage, celui des profiteurs !

Le changement viendra des travailleurs en lutte

Le 15 mars, la Gen z Madagascar dénonçait le président de la « refondation », Randrianirina : « Les mêmes visages qu’hier sont de retour. Les mêmes méthodes. Les mêmes réseaux. Ceux qui pillaient avant sont encore là. Les jeunes, eux, attendent toujours. […] Le Tolona [la lutte] l’a porté au pouvoir. Lui, il les a oubliés dès le premier jour. Il gouverne avec ceux qu’on voulait chasser, il a clairement choisi son camp. » Les illusions de changement qu’avaient suscitées le colonel sont sérieusement atteintes. Cependant, les croyances institutionnelles ont la peau dure. La « refondation » en elle-même n’est pas critiquée. Une nouvelle Constitution et des élections démocratiques semblent, pour les jeunes ayant fait la révolution, la seule voie possible. Mais, demander aux dirigeants actuels, à l’armée et aux capitalistes malgaches de mettre en place des politiques « pour le bien du peuple » est un vœu pieux. La démocratie parlementaire n’empêche en rien l’exploitation et la corruption de sévir, partout dans le monde. Seule l’organisation des travailleurs en lutte pourrait imposer des changements en faveur du peuple malgache.

Arvo Vyltt